Une chapelle qui fait partie du paysage de Saint-Constant depuis 1860


Publié le 13 avril 2017

Le petite chapelle des morts est située rue de la Fabrique entre la montée Lasaline et la rue Saint-Joseph à Saint-Constant.

©TC Media - Denis Germain

Située rue de la Fabrique entre la montée Lasaline et la rue Saint-Joseph, la petite chapelle des morts a su traverser le temps, malgré les menaces de démolition qui ont pesé sur elle.

Selon les informations d’Yves Bellefleur, président de la Société d’histoire et de patrimoine de Lignery (SHPL), la chapelle a vu le jour aux alentours de 1860. C’est un dénommé Moïse Longtin qui l’a bâtie à la condition d’y être inhumé avec son épouse.

La fonction d’une chapelle des morts était destinée aux cérémonies avant l’enterrement des cercueils qui avaient passé l’hiver dans le charnier.

Yves Bellefleur, président de la Société d’histoire et de patrimoine de Lignery

«L’hiver, en raison du sol gelé, les cercueils, entre 12 à 15 au maximum, reposaient dans un charnier. Le printemps venu, lorsque le sol n’est plus gelé on procédait à la mise en terre des défunts. Il y avait auparavant une célébration de la messe dans la chapelle des morts», explique M. Bellefleur.

La chapelle Saint-Joseph photographiée en 1948 par Gérard Morisset.

©Gracieuseté – Archives du diocèse de Saint-Jean-Longueuil, paroisse Saint-Constant

S’appuyant sur diverses sources documentées, il ajoute que le charnier du cimetière de Saint-Constant, une modeste construction en pierre des champs, a été démoli au début des années 1960.  

 

Un monseigneur n’en veut plus

En 1918, lors d’une visite des lieux, Mgr Louis-Joseph-Napoléon-Paul Bruchési, archevêque de Montréal, indique dans un rapport que la chapelle aurait besoin de réparation. Si la famille Longtin, qui est propriétaire de la chapelle, ne donne pas son consentement aux rénovations, elle pourra alors être démolie. Elle acquiesce à la demande et les travaux ont lieu au cours des années 1920 sous les soins du curé Joseph-Allyre Cloutier. Le lieu de culte reçoit alors la dénomination de «chapelle Saint-Joseph».

Les divers travaux d’entretien ont permis de préserver la beauté de la chapelle.

©TC Media – Denis Germain

Les problèmes de l’entretien du bâtiment en bois refont surface de manière plus criante dans les années 1960. En 1965, un membre de la famille Longtin, Paul Émile Martin, vend à la Fabrique, au coût de 1$, la chapelle. La Fabrique doit s’engager lors de l’achat à ne pas s’en départir. Toutefois, elle ne dispose pas des sommes nécessaires pour réparer le bâtiment. La Fabrique donne alors son autorisation aux paroissiens de déplacer la chapelle à l’extérieur du cimetière et de faire les rénovations à leurs frais.

«Le déplacement de la chapelle, d’une centaine de pieds (30 m), semblait nécessaire en raison d’importants travaux de réaménagement du cimetière», précise le président de la SHPL.

Le 3 septembre 1966, trois personnes (Léon Poissant, Jean-Louis Lapierre et Rhéa Martin) signent un contrat avec la Fabrique pour effectuer ce déménagement et faire les travaux de restauration à même leur argent.

L’ancien charnier du cimetière de Saint-Constant photographié en 1948 par Gérard Morisset.

©Gracieuseté – Archives du diocèse de Saint-Jean-Longueuil, paroisse Saint-Constant

«Elles font partie des personnes à qui on doit la préservation de la chapelle.  Celle-ci fait maintenant partie du site patrimonial des Anciens-Presbytères-de-Saint-Constant», souligne Yves Bellefleur.  

D’autres travaux d’entretien auront lieu respectivement au cours des années 1980 et 2000 sans dénaturer l’aspect originel de la chapelle.   

 

La girouette envolée

Parmi les anecdotes qui se rapportent à la petite chapelle, notons le vol de la girouette en forme d'un coq. Le méfait est survenu à une époque où le patrimoine religieux québécois suscitait la convoitise des collectionneurs.  

«Le coq a été volé vers 1987. Le père Jules Rome qui était vicaire à Saint-Constant l’a cherché en vain. C’est sûrement l'œuvre d'un picker, c’est-à-dire d’un ramasseur travaillant pour un antiquaire ou un collectionneur. Le vicaire pensait qu’un coup de vent aurait pu enlever la girouette, mais celle-ci était solidement en place depuis 1860», raconte M. Bellefleur.

Sur cette photo prise en août 2000, on aperçoit André Dion, Laurent Bellefleur (père de Yves Bellefleur) et Clément Chassé procédant à des travaux d’entretien.

©Gracieuseté – Société d’histoire et de patrimoine de Lignery

Selon lui, les pickers arpentaient les rangs dans les années 1970 et 1980 pour enlever les girouettes qui ornaient les croix de chemin.

Le coq n’a jamais été remplacé, mais un modèle similaire se trouve dans les bureaux de la SHPL.