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12 500 $ pour donner vie à son enfant


Publié le 5 juillet 2017

Christine Lepage et Rémi Lavoie sont ensemble depuis 7 ans.

©TC Media - Denis Germain

Depuis le début de leur relation, Christine Lepage et Rémi Lavoie ont un rêve: avoir des enfants. La nature en a décidé autrement et les diagnostics d’infertilité sont tombés. Le couple de Delson doit débourser plus de 12 500$ pour réaliser son désir.

«On s’est toujours dit qu’on voulait avoir deux enfants naturels et en adopter deux ou être une famille d’accueil», indique la femme de 27 ans.

La plus belle chose qu’une femme peut avoir, c’est de porter la vie. En ce moment, je ne suis pas capable.

Christine Lepage

Il y a quatre ans, le couple a commencé à essayer de fonder une famille, sans succès. Mme Lepage savait qu’elle pouvait avoir des problèmes à procréer, puisqu’il y a six ans elle a dû se faire enlever un ovaire et une trompe de Fallope à cause d’un kyste, qui avait la grosseur d’un pamplemousse sur son ovaire. Elle a aussi découvert qu’elle avait des ovaires polykystiques, qui font des kystes à répétition, et qu’elle était atteinte d’endométriose.

Dans le processus de fertilité, son conjoint de 30 ans a passé des spermogrammes qui n’ont pas été concluants. Le couple ne peut donc pas avoir recours à l’insémination artificielle qui est encore couverte par la Régie d’assurance maladie du Québec. Il doit passer par la fécondation in vitro qui ne l’est plus.

«J’aurais trouvé ça moins dur si ça avait été juste moi qui avais eu un problème», soutient M. Lavoie.

Ils devront débourser 12 500$ pour faire un seul essai de fécondation in vitro. Ils souhaitent le faire rapidement puisqu’ on leur a dit qu’il y avait 50% des chances que l’essai fonctionne avant l’âge de 30 ans. Les chances baissent par la suite.

Financement

Malheureusement, ils ont reçu leur diagnostic quelques jours seulement après que le gouvernement ait décidé de ne plus financer certains programmes de procréation assistée. Ils n’étaient donc plus éligibles à recevoir le traitement gratuitement. Les résidents de Delson se désolent qu’on ait enlevé une aide qui a déjà été donnée.

«On est un jeune couple qui débute dans la vie. On a dû mettre plusieurs projets de côté, comme s’acheter une maison parce qu’on doit payer pour avoir un bébé qui, théoriquement, devrait être gratuit», soutient Mme Lepage.

Pour amasser cette somme, le couple s’est finalement tourné vers une campagne de financement sur le site One dollar gift.

«Au départ, on ne s’attendait pas à se tourner vers les dons», indique la jeune femme.

Elle et son amoureux ont fait des démarches auprès des banques, mais les taux d’intérêt étaient très élevés. Ils ont aussi regardé pour prendre leurs REER, mais ils perdaient la moitié. Des proches leur ont suggéré de faire une vente de garage pour amasser quelques sous. Durant la vente, des personnes leur ont spontanément fait des dons. C’est comme ça qu’ils ont pensé lancer une campagne de financement.

«Des personnes se font financer toutes sortes de projets, dont des trucs absurdes. Nous, on a un projet de vie. Des gens peuvent se sentir interpellés de nous aider», croit M. Lavoie.

Ils souhaitent amasser le plus d’argent possible et financeront le reste.

Contribuer à la société

«En étant enseignante, je travaille avec des enfants quotidiennement. J’ai vu des enfants maltraités. Je crois qu’on est un couple solide avec de belles valeurs. On aimerait les transmettre à nos enfants et contribuer à la société de demain», affirme Mme Lepage.

«J’ai toujours voulu fonder une famille. Quand j’ai rencontré Christine, c’était une des valeurs qui nous rejoignait», renchérit son conjoint.

Les deux amoureux affirment trouver de plus en plus difficile de voir des gens de leur entourage devenir parents contrairement à eux.

«On est content pour eux, mais on a toujours un pincement au cœur. On se demande quand nous ça va arriver», mentionne la jeune femme.

Programme québécois de procréation assistée

Le gouvernement québécois a instauré le programme de procréation assistée en août 2010.

En novembre 2015, le gouvernement a adopté une loi qui mettait fin à la couverture de plusieurs services, dont la fécondation in vitro. Par contre, ceux qui avaient amorcé les démarches avant cette date ont pu recevoir le traitement gratuitement.

Selon Marie-Claude Lacasse, porte-parole du ministère de la Santé, le programme a connu une popularité et le volume d’activités et les coûts anticipés ont été «largement dépassés». Plus de 35 900 essais de fécondation in vitro ont été réalisés.

C’est «dans le souci d’une gestion saine des ressources des fonds publics», que le programme a été revu et certains services ne sont plus couverts. Un crédit d’impôt remboursable a été accordé.