Billet d’humeur : Parler pour parler

Billet d’humeur : Parler pour parler

Je suis incapable d'être en présence de quelqu'un qui dit tout ce qui lui passe par la tête.

Voici le billet du 14 juin 2017 d’Hélène Gingras, chef de contenu des hebdos Le Reflet et Coup d’oeil.

Est-ce que vous avez besoin de parler pour vivre?

Vous êtes plusieurs à m’avoir demandé si j’étais malade, la semaine passée. Ou en vacances. Parce que j’avais laissé cette colonne à ma collègue du journal Le Soleil de Châteauguay.

Je ne pouvais faire autrement. Après avoir lu son billet sur son neveu qui combat le cancer. C’était très touchant. Dans le ton de ce que je fais parfois. Je me disais que je n’aurais pu écrire mieux. Patricia a vraiment une belle plume. Et une belle sensibilité.

Je voulais le porter à votre attention. Parce que ça valait mieux que tout ce que j’aurais pu écrire. Je vous l’ai déjà dit. Je ne me trouve pas pertinente toutes les semaines. Même si cette colonne est hebdomadaire.

Le silence est d’or quelques fois. Parce que je ne veux pas parler pour parler. Parler pour rien dire. À part pour polluer l’air ambiant. Les oreilles des autres.

Je connais justement quelqu’un comme ça. J’y suis exposée. Malgré moi. Même quand personne ne l’écoute, il parle. À ses enfants, à son épouse. Constamment. Pour justifier chaque action qu’il pose. Autrement, il baille super fort ou s’étire avec grand bruit. Comme si tout le monde devait s’intéresser à ce qu’il fait. Sans aucune intimité. Comme s’il avait besoin de parler pour vivre. Pour exister. Ça m’exaspère.

Quand j’étais petite, je me souviens qu’une de mes sœurs se mettait à parler aussitôt sortie du lit. Fort souvent. Même si tout le reste de la maisonnée essayait de dormir encore. Ma mère devait souvent lui rappeler de baisser le ton. Je me demande si elle est encore ainsi aujourd’hui.

Pour ma part, j’aime me réveiller lentement. Rester dans ma bulle. Pendant un long moment. Me préparer dans le silence. Sans converser. Avec seulement le bruit de la télé derrière. Question d’écouter les nouvelles. Par déformation professionnelle.

Puis, je n’ai pas besoin de parler constamment. En toutes situations. Ni de m’exprimer sur tous les sujets. Il m’arrive parfois de passer de longs moments en silence. Même en bonne compagnie. Simplement parce qu’il n’y a pas de conversation en cours. Ni démarrée. Que tout le monde fait ses petites affaires.

À table, par contre, je veux absolument échanger. D’ailleurs, rien ne me rend plus triste que de voir un couple qui n’a rien à se dire au restaurant. Parce que c’est un moment privilégié de réunion. De rassemblement. De discussion.