Elle poursuit ses frères pour inceste et abus psychologiques

Audrey Leduc-Brodeur audrey.leduc-brodeur@tc.tc
Publié le 3 novembre 2015

Parmi les preuves présentées par la partie demanderesse se trouve un rapport psycho-légal rédigé par le réputé psychologue Hubert Van Gijseghem.

©Gracieuseté - Deposit photo

Lucie Wilson intente un recours civil de près d’un demi-million de dollars contre des membres de sa famille alléguant qu’ils lui ont fait vivre l’enfer pendant plus de 40 ans.

La requête vise ses frères Denis, Jacques, Sylvain et Claude. La plaignante demande à la Cour supérieure du Québec de «les condamner à lui verser un total de 450 000$ pour abus sexuels brutaux, séquelles psychologiques, dommages moraux et punitifs ainsi que défaut d’assistance.» Un seul de ses cinq frères n'est pas visé.  

La requête a été présentée au mois de septembre par l’avocat de Mme Wilson, Me André Monty. Les défendeurs avaient dix jours pour y répondre, ce qu’ils ont fait. Le processus suit son cours, alors que les avocats des deux parties se rencontreront prochainement au palais de justice de Longueuil pour établir un échéancier avec le procureur.

Le Journal précise que les procureurs des défendeurs ont indiqué que ces derniers nient et contestent vigoureusement les propos et allégations de madame Lucie Wilson.

Violence familiale

Dans la poursuite, la benjamine affirme qu’elle a subi différentes formes de sévices sexuels de 1973 à 1976 à partir de l’âge de 5 ans par son frère Denis, de 8 ans son aîné. De plus, une série d’attaques violentes auraient suivi pendant plusieurs années, dont une qui lui aurait presque coûté la vie en 1981.

«Le défendeur, Jacques [de 10 ans son aîné] l’a assommée à coups de poing sur la tête et à coups de pied dans le ventre. N’eut été de l’intervention in extremis du père qui avait été réveillé par l’évènement, la demanderesse aurait probablement été tuée dans cette agression», écrit la poursuite.

Selon les informations présentées dans la requête, c’est un des seuls moments où les parents seraient intervenus pour défendre leur fille. Des extraits font état d’une forme de loi du silence qui régnait au sein de la famille.

«La situation vécue par la demanderesse a finalement été découverte dans le cadre d’une intervention du principal de l’école primaire qu’elle fréquentait, prétend la requête. La demanderesse n’est jamais retournée à son école et a été aussitôt placée pensionnaire par ses parents à Montréal à l’âge de 8 ans.»  

Elle est retournée chez sa famille en 1983 à l’âge de 15 ans.

Salaire réduit et problèmes de succession

La victime allègue avoir été écartée de la gestion de l’entreprise familiale, mais gardée au sein de la compagnie en tant qu’employée au salaire réduit.

Son père lui aurait promis de lui céder ses parts dans la société lors de son décès, mais ça n’a finalement pas été le cas lors de l’ouverture de son testament en 2014.

Cet évènement a été «le choc ultime» et «l’élément déclencheur de sa capacité d’agir» alors qu’«elle a réalisé qu’elle avait été bernée jusqu’au bout.»  

Mme Wilson mentionne qu’elle a déposé une plainte d’harcèlement psychologique contre l’entreprise familiale à la Commission des normes du travail après que son poste eut été aboli en 2014.  

Mme Wilson a parlé ouvertement de ses agressions pour la première fois après l’épisode du testament, mais n’a déposé aucune plainte à la police. Elle a choisi d’intenter une poursuite au civil plutôt qu’au criminel. Ainsi, les défendeurs n’auront pas le choix de parler, selon l’avocat de la plaignante.

«Ils auraient pu invoquer le droit de garder le silence si une poursuite criminelle avait été déposée», explique-t-il.

Extraits de la requête

«La demanderesse a toujours continué à subir sur une base régulière de l’intimidation, du harcèlement et du dénigrement et ce, plus particulièrement de la part du défendeur Denis Wilson.»

«Depuis le décès du père des parties, les défendeurs détenant des intérêts dans les entreprises familiales exercent un contrôle psychologique et physique sur la mère et empêchent notamment la demanderesse par tous les moyens possibles de maintenir une relation avec ou d’être seule en sa présence.»

«La personnalité de la demanderesse s’est construite dans un contexte familial néfaste et dysfonctionnel, sans la protection de ses parents, et sous l’emprise des défendeurs.»

Le Reflet souhaite préciser que ce texte présente des extraits d'une requête déposée en Cour supérieure du Québec et rapporte donc les allégations de la partie demanderesse qui n'ont pas encore été prouvées devant le tribunal. Le texte expose de manière générale des allégations qui visent une ou l'autre des quatre personnes qui font l'objet de la poursuite et non pas toutes.