Histoires de famille

Histoires de famille

Chacun des membres des familles a une petite histoire qui est la sienne.

Voici le billet du 8 mars 2017 d’Hélène Gingras.

Connaissez-vous l’histoire de vos proches?

La semaine passée, je suis allée au salon funéraire en compagnie de mes parents. Le frère de mon père, l’aîné de la famille, est mort à l’âge vénérable de 93 ans. Jacques est allé rejoindre Gloria, l’amour de sa vie, qui lui a donné six enfants.

Je me souviens de lui comme d’un homme grand. Mince. Qui ne riait pas facilement. Qui ne gaspillait pas sa salive non plus.

Sur la petite table dans le salon, ses proches avaient déposé quelques souvenirs de lui. Dont un casque de pompier. Puis, un insigne de pompier. Une coupure de La Presse avec sa photo. Du temps qu’il travaillait à la compagnie Seagram à Ville LaSalle.

Un de ses fils m’a expliqué que mon oncle Jacques avait été machiniste en chef pour la distillerie. Et que celle-ci exigeait aussi d’avoir son propre service d’incendie. Tant et si bien que mon oncle portait deux chapeaux de travailleur.

Le service d’incendie de Seagram était parfois appelé en renfort par les services d’incendie municipaux, pour des cas majeurs.

Mon oncle a été en service notamment lorsqu’un immeuble à logements a été soufflé par une explosion de gaz à Ville LaSalle à la fin des années 1960. Je connais l’histoire parce que mon père livrait le courrier à cette adresse. Et que ça l’avait marqué. L’événement avait fait plusieurs morts. Et les manchettes.

Par la suite, chaque fois qu’on passait devant pour se rendre à Lachine ou Dorval visiter la famille de mon père, si ce n’était pas ce dernier qui en parlait, c’était nous qui le questionnions. J’ignorais cependant que son frère aîné de 10 ans était intervenu à cet endroit. Mon père lui-même ne semblait pas trop s’en rappeler.

J’avais encore mille et une questions qui me brûlaient les lèvres. À poser au fils de mon oncle Jacques. Sur la distillerie. Sa double tâche. Mais je me suis retenue.

Debout au milieu de ce salon funéraire, je réalisais soudainement que je ne connaissais pas bien la petite histoire de certains membres de ma famille. Mes souvenirs de mon oncle Jacques remontaient à l’enfance. À une époque où je voulais jouer. Non pas le questionner.

N’empêche que j’aurais voulu avoir la chance de l’interviewer plus tard. Alors que je passe ma vie à interviewer des inconnus…