Je suis habité par un très grand héritage

J’ai beaucoup hésité avant d’écrire sur le prochain sujet fort personnel. Je me fais plaisir et j’espère ne pas vous importuner.

On me demande à l’occasion où j’en suis dans le deuil du décès de Claudette survenu en 2012. Y’aura toujours des événements, anniversaires ou rencontres qui sont ou seront pénibles. J’aurais rêvé d’être grand-papa en sa compagnie. Mais je suis habité par un très grand héritage.

D’abord, elle a décidé de profiter au maximum de chaque journée. Sa résilience et sa générosité nous ont rendu la tâche beaucoup plus facile. Quand j’avais des décisions à prendre, je consultais les filles et je lui expliquais où j’en étais. Elle ne disait mot, me regardait dans les yeux et me faisait un signe de tête d’approbation. Lorsque je lui ai dit à l’hôpital que j’avais pris ma décision pour les soins palliatifs, elle m’a fait signe pour me dire «t’as pas le choix». Et elle a annoncé au médecin que nous avions pris notre décision.

Elle est restée cinq mois et trois semaines aux soins palliatifs. Y’avait de la visite presque tous les jours. Et elle riait de toutes les plaisanteries. J’ai un couple d’amis qui partait un mois en Asie et ils ont éclaté en sanglots à leur départ. Je suis allé les reconduire à la porte et à mon retour elle m’a dit «appelle-les pour leur dire que je vais les attendre». Et elle les a attendus. Quand le médecin lui a demandé pourquoi elle s’accrochait, elle a dit «pour ma famille». Et elle a attendu que ses filles arrivent pour que l’on soit ensemble jusqu’à la fin.

Cet héritage-là, je le garderai jusqu’à la fin de mes jours. C’est aussi le cas pour Yannick, Kim et Magali. Mais nous ne sommes pas les seuls à l’avoir aimée et avoir été habités par la force tranquille et la générosité de Claudette.

Normand Robert,

La Prairie