La tuerie de Québec six mois plus tard

Six mois se sont écoulés depuis la tuerie de la grande mosquée de Québec.  Lors de mon hommage aux victimes de la tuerie, j’ai lancé un cri du cœur pour que l’après 29 janvier 2017 soit différent de l’avant 29 janvier 2017. J’ai aussi fait appel à nos dirigeants et à toute notre société afin de prendre les mesures nécessaires pour qu’Alexandre Bissonnette, l’auteur de la tuerie, soit la dernière victime de la haine et de la propagande haineuse.

Où en sommes-nous de ce cri du cœur six mois plus tard? Malheureusement la voix de la raison et de la solidarité baisse petit à petit et le bruit de l’exclusion, de l’islamophobie et du rejet de l’autre réapparait. La campagne de haine et de peur qui a caractérisé le référendum pour l’établissement d’un cimetière musulman à Saint-Apollinaire dans la région de Québec, menée par certains individus mal informés ou mal intentionnés, n’était qu’un résultat de cet atmosphère d’exclusion qui est en train de s’installer parmi nous. Cette campagne de haine a culminé lors de l’envoi d’un colis haineux à la grande mosquée de Québec. La même mosquée qui avait été le théâtre de la tuerie qui a laissé 6 morts, 6 veuves, 17 orphelins ainsi qu’un très grand nombre de citoyens marqués pour la vie par le cauchemar qu’ils ont vécu ce soir tragique. Beaucoup de ces citoyens marqués pour la vie étaient dans la salle quand ils ont appris l’envoi du colis haineux. Bien sûr, la panique s’installait dans la salle et les gens réclamaient l’engagement de gardiens de sécurité 24 heures par jour et 7 jours par semaine comme si on vivait dans un pays en guerre. D’autres incidents d’activités haineuses dans plusieurs régions du Québec ont été rapportés par les médias.

Si nous ne nous réveillons pas comme citoyens, et si nos dirigeants ne prennent pas leurs responsabilités, on risque d’être victimes d’autres crimes odieux qui fauchent des Québécois innocents comme cela s’est produit le 29 janvier 2017.  Une des définitions de la folie est de faire exactement la même chose et s’attendre à des résultats différents.

C’est vrai que les personnes visées par le tueur le 29 janvier étaient de confession musulmane. Mais il ne faut pas oublier que les vraies victimes sont les valeurs canadiennes et québécoises d’ouverture, d’inclusion, de solidarité et d’entraide. Comme les terroristes qui tuent les innocents en Europe et au Moyen-Orient ne représentent pas l’islam ni les musulmans, les racistes, les xénophobes, et les islamophobes ne nous représentent pas comme Québécois et comme Canadiens. Il faut qu’on le dise haut et fort. Nous sommes tous appelés à cesser d’être une majorité silencieuse qui laisse à quelques individus racistes, xénophobes, et islamophobes de prendre tout l’espace. Ces individus, même s’ils sont très minoritaires, sont très dangereux. Ils empoisonnent notre climat social, salissent notre réputation et menacent notre avenir. Ces individus sont souvent des manipulateurs ou manipulés qui se servent de l’ignorance pour semer la zizanie entre nous. L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine, et la haine risque de mener à la violence.

Arrêtons d’utiliser les musulmans comme un épouvantail. Beaucoup de musulmans ont fui de sociétés minées par la haine, la violence et la guerre. Tout ce qu’ils aspirent à avoir ici, c’est la paix. Le musulman est un être humain comme les autres. Il a les mêmes aspirations que tout le monde: trouver un travail, acheter une maison, envoyer ses enfants à l’école, avoir une bonne santé, et s’assurer d’avoir une retraite confortable. Le Québécois de confession musulmane, comme tous les Québécois, est prêt à contribuer à la société en bon citoyen.

Nous devons tous nous dresser contre l’ignorance, la haine, et le rejet de l’autre. Nous l’avons fait après l’attentat à la grande mosquée de Québec quand les Québécois se sont transformés en chaînes humaines pour protéger les mosquées à travers le Québec. Nous devons continuer à constituer une chaîne humaine pour protéger nos valeurs québécoises. Il faut que le Québec reste uni,  enrichi par sa diversité, ouvert au monde et appartenant à tous ses citoyens indépendamment de leurs origines ethniques ou appartenance religieuse.

Hassan Guillet,

ingénieur et avocat à la retraite et imam