L’art de se donner du trouble

L’art de se donner du trouble

corde à linge

Toute vie mérite-t-elle d’être préservée?

Vous n’êtes pas obligé d’être d’accord. Mais, pour ma part, j’estime que oui. Si j’ai simplement à ouvrir la fenêtre pour libérer une mouche de ma maison, je vais le faire. Plutôt que de rouler un journal pour la tuer. Idem pour une araignée. Évidement, j’agirais différemment s’il s’agissait d’un cafard.

Bref, vous saisissez le principe.
Aussi, je partage mon cabanon depuis quelques années avec une marmotte. Qui squatte en-dessous. En dépit des obstacles bénins que je dresse sur son chemin. Elle se trouve chaque fois un nouveau trou pour s’infiltrer dans son refuge.

Puis, mine de rien, voilà que je préserve la vie d’oisillons…
Avec surprise, j’ai constaté il y a quelques semaines qu’un oiseau s’est fait un nid dans la conduite extérieure de ma sécheuse au printemps. Le temps et peut-être aussi son entêtement ont eu raison de la trappe de plastique.

Je ne m’y connais pas beaucoup en espèces ornithologiques, mais c’est plus gros qu’un moineau et moins qu’une corneille.
Je l’avoue, ça ne fait pas trop mon affaire. J’imagine déjà le trouble que j’aurai à défaire le nid…
Jusqu’à tout récemment, j’utilisais quand même la sécheuse. En me disant que la chaleur réchauffait les œufs. Puis, mon entourage s’est mis à m’inquiéter. Si le nid causait une surchauffe? Un bris? Un incendie?

Puis, les œufs ont éclos il y a une dizaine de jours. J’entends ce qui m’apparaît être deux piaillements différents. J’ai cessé d’utiliser la sécheuse. Je ne voudrais quand même pas les griller ou les étouffer! Même si les risques semblent minces.

Je me dis que les oisillons vont finir par s’envoler d’un jour à l’autre. Sans savoir combien de temps met une couvée à prendre son envol une fois née. Deux semaines? Trois?

J’ai donc renoué avec ma corde à linge. Vous auriez dû me voir dimanche matin. Je venais à peine d’accrocher des vêtements sur la corde à linge que des grains de pluie se sont mis à tomber à deux reprises.

Je rentrais les vêtements, puis je ressortais les étendre. J’avais l’air de me livrer à un tango avec la porte patio.
Je riais néanmoins à l’idée de penser que je me donnais beaucoup de trouble. Probablement inutilement. Pour deux oiseaux qui n’en sauront jamais rien. Pendant que leur mère s’inquiète chaque fois qu’elle me voit près du conduit, à l’écoute du moindre son.

 

«L’âme a des illusions comme l’oiseau a des ailes; c’est ce qui la soutient.»

-Victor Hugo