Une peintre obligée de se départir de ses œuvres

Une peintre obligée de se départir de ses œuvres

Si Nicole Béland a su créer un univers à son image chez elle avec ses tableaux qu’elle peint. Elle doit se résigner à les vendre, faute de place dans son futur logement.

Crédit photo : Le Reflet - Denis Germain

Quand un artiste produit des œuvres, il a le loisir de les conserver chez lui pour les contempler ou d’attendre qu’elles trouvent preneur. Mais arrive un moment où, faute de place, il doit se résoudre à s’en départir. Une décision où la rationalité et l’émotivité s’entremêlent.

C’est la situation que vit actuellement la peintre Nicole Béland. Elle doit quitter sa maison de La Prairie pour un appartement à Candiac.

«Je n’ai plus d’espace pour accrocher autant de tableaux sur les murs. Je suis très réaliste, je savais que toutes mes œuvres ne pourraient me suivre», explique l’artiste. Elle a dû trouver une solution pour ses quelque 80 toiles. C’est pour cette raison qu’elle les mettra en vente à moitié prix.

«Ils meublent ma vie. Ma maison, c’est ma galerie, souligne-t-elle. Tous les jours, je regarde un de mes tableaux. Selon l’éclairage, ça me donne une autre lecture. J’ai un pincement au cœur d’être obligée de m’en départir, mais en même temps c’est un plaisir de les offrir.»

«Quand on peint, on le fait pour soi, mais aussi pour quelqu’un d’autre qui va apprécier notre travail.»

– Lise Brousseau, présidente de Prism’Art

Un constat que comprend Lise Brousseau, présidente de Prism’Art. L’organisme réunit des artistes peintres de La Prairie et des environs pour promouvoir ses activités.

«Un artiste doit à un moment donné apprendre à se départir de ses toiles. La vie d’un tableau est de se retrouver chez une autre personne.»

Des propos repris par Danielle Tremblay, présidente de l’Association des artistes peintres affiliés de la Rive-Sud (AAPARS).

«C’est une partie de nous qui se retrouve dans nos œuvres. Ça peut être déchirant de s’en défaire», constate-t-elle.

 

Marché

Au-delà de l’attachement sentimental, un artiste peut se retrouver avec un «surplus d’inventaires», faute d’acheteurs.

«Le marché de l’art visuel n’est plus ce qu’il était il y a 10 ans. Il y a un ralentissement, des galeries ferment. On a des visiteurs, mais ils sont indécis à acheter. Le coût de la vie augmente. Est-ce que les gens vont payer 400$, 500$ ou 600$ pour un tableau, même s’ils vont l’adorer une fois qu’il se retrouvera chez eux?» mentionne Mme Brousseau.

Un constat que nuance la présidente de l’APPARS.

«Nos ventes dans nos expositions n’ont pas baissé. Je sais que dans d’autres organisations et symposiums, ce n’est pas le cas. Il y a beaucoup trop de symposiums, surtout l’été. Certains se pilent sur les pieds», note-t-elle.

Elle ajoute qu’il y a aussi un travail d’éducation à faire auprès de la population.

 

Nicole Béland a dû trouver une solution pour ses quelque 80 toiles. C’est pour cette raison qu’elle les mettra en vente à moitié prix.

«C’est facile d’aller dans un gros magasin et d’acheter une toile pour 50$, dit-elle. Il faut faire comprendre aux gens que ça vaut la peine de payer un peu plus pour une œuvre originale. On part de loin au Québec.»

Une réalité dans laquelle se reconnaît aussi Nicole Béland.

«Je participe à des expositions, dont les trois organisées par l’APPARS où je suis membre. Ça m’a donné une chance de vendre certains tableaux. J’étais aussi présente à des symposiums. J’ai cherché une visibilité un peu partout, mais cette visibilité ne fait pas en sorte qu’il y a toujours des acheteurs», déclare la peintre.

 

S’adapter

Consciente qu’elle ne pourra plus produire autant qu’avant en raison de son logement, Nicole Béland dit avoir un plan B pour satisfaire la perpétuelle créativité qui l’habite.

«Je me vois travailler de plus petits formats dans des médiums différents», déclare-t-elle.

«On ne peut pas s’empêcher de produire. C’est une passion. C’est tellement une belle bulle quand on entre dans le processus de création. C’est une thérapie», conclut-elle.

 

Vente

Nicole Béland emploie l’huile et travaille à la spatule. Ses toiles seront en vente à rabais les 10 et 11 février, de 10h à 16h, à son domicile situé au 195, rue Perras à La Prairie. Plusieurs de ses œuvres sont inspirées de la nature. Renseignements: 450 619-6035.