Opinion

Les têtes grises en renfort

mercredi le 13 octobre 2021
Modifié à 8 h 53 min le 13 octobre 2021
Par René Vézina

La solution à la pénurie chronique de main-d’œuvre au Québec passe en bonne partie par une meilleure participation des travailleurs expérimentés au marché de l’emploi.
On le mentionne depuis un bon moment, mais le Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal vient de le confirmer dans une étude intitulée Vieillissement démographique : solutions pour un Québec mal préparé. 
C’est encore plus frappant quand on compare notre situation à celle de l’Ontario. Là-bas, 55 % des gens de 60 à 64 ans sont toujours au travail, contre 48 % au Québec. L’écart est sensiblement le même pour les personnes de 65 à 69 ans, 27,7 % en Ontario par rapport à 22,1 % dans la Belle province. 
Si notre taux d’emploi rejoignait celui de l’Ontario, nous pourrions compter sur près de 70 000 travailleurs additionnels. Ça ne règlerait pas tout, mais on verrait beaucoup moins de pancartes «On embauche» devant les usines et les commerces en tous genres. 
Seulement voilà, il faudrait renverser la tendance qui veut qu’on parte relativement tôt à la retraite au Québec. Et pour y parvenir, les employeurs potentiels n’ont d’autre choix que de se montrer plus conciliants. On n’attire pas les mouches avec du vinaigre.
Par exemple, ils pourraient maintenir les avantages sociaux pour les gens qui veulent réduire leur semaine de travail ou accepter qu’ils prennent davantage de vacances. Mais ces concessions signifient des coûts supplémentaires et les entreprises ne sont pas toutes prêtes à les assumer. Surtout, elles ne sont pas toutes disposées à gérer les multiples complications que ces arrangements risquent d’entraîner.
Et c’est ici que les gestionnaires des ressources humaines (RH) peuvent changer la donne si on leur donne suffisamment de marge de manœuvre… à supposer qu’ils existent parce que la fonction est encore méconnue au Québec, surtout au sein des PME.
C’est pourquoi l’enjeu du maintien à l’emploi des travailleurs expérimentés dépend étroitement de la reconnaissance du rôle essentiel des responsables des RH. 
Ce sont eux qui sont mieux outillés pour imaginer et mettre en place les mesures capables de convaincre les candidats à la retraite de la retarder. C’est plus facile à dire qu’à faire: aménager des horaires flexibles, par exemple, devient un casse-tête quand il faut en même temps s’assurer d’un effectif suffisant, sans compter qu’on doit parallèlement veiller à ne pas faire de jaloux parmi ceux qui n’ont pas droit au même traitement. 
Expliquer que c’est leur propre avenir qui est en jeu demande du doigté, mais c’est maintenant la vérité. Les entreprises et les organisations en mal chronique de ressources se fragilisent. De là l’importance de mettre à contribution toutes les forces disponibles en attendant du renfort. 

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