Billet d’humeur : Broyer du noir

Par Hélène Gingras
Billet d’humeur : Broyer du noir
Déprimée

Vous arrive-t-il de tout voir en noir?

À deux reprises dans ma vie, j’ai traversé un important passage à vide. À la fin de ma trentaine notamment après une séparation particulièrement difficile. Je n’étais que l’ombre de moi-même. Complètement anéantie. Éteinte. J’ose le dire, j’avais l’air d’une loque.

Est-ce que je vous ai raconté que j’avais failli prendre des antidépresseurs? Je m’étais pointée à la clinique où exerçait mon médecin de famille. En désespoir de cause, j’étais résolue à prendre une médication. On était le 2 janvier. Je m’en rappellerai toujours. Il n’y avait personne dans la clinique. Ce qui m’apparaissait impossible. Surtout au retour des fêtes. Un vrai miracle… De celui dont j’avais besoin pour me retrouver une joie de vivre, pensais-je.

Je me souviens d’avoir fait part de ma surprise à la secrétaire en sortant ma carte d’assurance-maladie de mon portefeuille. Peut-être même que j’avais brièvement souri. Un rare depuis des mois.

Jusqu’à ce qu’elle me signale que mon médecin de famille ne travaillait pas ce jour-là. Que je ne pourrais voir de docteur. J’étais abasourdie. Assommée. La secrétaire m’avait demandé si c’était pour une urgence. Je n’avais pas trop su quoi répondre.

J’étais retournée à ma voiture en marchant à la manière de quelqu’un qui sort d’un bar après une soirée trop arrosée. Ou d’une personne qui vient de vivre un choc. Et qui a perdu tout appui.

À travers la fenêtre, j’avais vu un docteur sortir de son bureau. Me regarder m’en aller. Jusqu’au dernier instant, j’ai toujours pensé qu’il allait sortir en courant pour m’inviter à revenir. Tant je n’en menais pas large.

«Ce n’est pas la lumière qui manque à notre regard. C’est notre regard qui manque de lumière.»

-Gustave Thibon

J’aurais pu prendre un rendez-vous avec mon médecin. Mais j’ai vu ça comme un signe du destin. Comme quoi je pouvais m’en sortir autrement. À l’époque – et encore aujourd’hui -, j’étais merveilleusement bien entourée. Et j’ai toujours pu vivre mes émotions au grand jour. Mais probablement que j’étais lourde. Très lourde pour eux souvent. À s’arracher les cheveux sans doute.

Pourquoi je vous parle de ça aujourd’hui? Parce que c’est la Semaine de prévention du suicide qui s’achève samedi. Sous le thème «Parler du suicide sauve des vies». Et qu’on peut tous broyer du noir, un jour où l’autre. Mais qu’il y a toujours l’espoir d’une lumière au bout du tunnel. Toujours. Qu’il faut s’accrocher entretemps. Se confier.

Si vous avez besoin de soutien, si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Vous pouvez aussi consulter le site commentparlerdusuicide.com

 

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