Billet d’humeur : le foulard dont je me souviens

Billet d’humeur : le foulard dont je me souviens

Porter un foulard à la marocaine.

Crédit photo : Le Reflet - Hélène Gingras

Quelle valeur accordez-vous aux objets que vous achetez en voyage?

J’ai ressorti mon foulard récemment. Pour me protéger le cou les matins plus frisquets d’automne. Et je suis aussitôt repartie en voyage.

C’est ainsi chaque fois que je le ressors du tiroir. Parce que je l’ai acheté à Marrakech il y a quelques années. Et que cet instant demeure gravé à tout jamais dans ma mémoire.

On avait déposé notre valise à l’hôtel et pris la direction des souks, en état d’énervement, mais aussi de stress. J’avais déniché un resto logé dans le quartier des épices. Ou j’espérais pouvoir me rendre. Mais je savais que c’était un pari risqué. Parce qu’on m’avait prévu que les souks de Marrakech constituent un labyrinthe redoutable. Même pour quiconque possédant une carte. J’avais lu et entendu mains discours de touristes s’étant fait prendre.

J’avais pris une grande respiration avant de partir. Prié ma bonne étoile. Puis est arrivé ce qui devait arriver. Un vendeur plus charmant que les autres a entrepris de nous amener chez un de ses amis. Pour voir comment on fabriquait je ne sais plus quoi.

Au début, j’arrivais à retenir les intersections. À gauche ici, à droite par là. Mais après une vingtaine d’embranchements jusqu’à la petite boutique, j’étais complètement perdue. J’avais rendu les armes. En souriant. J’avais perdu le contrôle de la situation.

En moins de temps qu’il n’en faut pour composer un numéro de téléphone, le vendeur m’avait demandé ma couleur préférée et je m’étais retrouvée avec un foulard noué sur la tête. À la manière des femmes qui vivent dans le désert.

J’avais éclaté de rire. Pris une photo. Tant c’était surprenant. Drôle.

«Certains pensent qu’ils ont fait un voyage. En fait, c’est le voyage qui vous fait ou vous défait.»

-Nicolas Bouvier dans L’usage du monde

Le foulard n’était pas nécessairement celui que j’aurais acheté au premier abord. Et je le trouvais un peu cher même après avoir négocié. Cependant, impossible de lui résister. Pour l’instant magique qu’il représentait.

Sur le coup, je ne savais pas si j’allais le garder. Ou l’offrir en cadeau. Mais personne n’en aurait compris l’histoire comme moi. Ni voyagé autant. Même par la suite. Chaque fois que je le porte, je me revois dans les souks, parmi les chaussures en cuir et les lampes. Je peux presque sentir l’odeur du thé à la menthe et des épices ou revoir ce charmeur de serpents.

 

 

 

 

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