Billet d’humeur : Une forme d’abandon

Par Hélène Gingras
Billet d’humeur : Une forme d’abandon
(Photo : Depositphotos)

Avez-vous déjà ressenti de l’abandon?

Je pense beaucoup à ma grand-mère ces derniers jours. Décédée il y a plus de 20 ans. En raison de ce qui se passe présentement dans les CHSLD. Et les résidences privées pour aînés. Du mal invisible qui s’y est infiltré. Venu de l’extérieur. Et qui s’étend à certains endroits comme une traînée de poudre.

Victime d’un AVC dans les dernières années de sa vie, ma grand-mère s’était retrouvée paralysée du côté droit. L’empêchant de marcher. L’obligeant à développer sa motricité du côté gauche. À 86 ans. Elle si indépendante n’avait pu continuer sa vie en appartement. Il avait fallu lui trouver un nouvel endroit où vivre. Qui offrait des soins. Des repas. Une dignité.

Elle a terminé ses jours dans une résidence privée à Montréal qui défraie les manchettes depuis plusieurs jours. En raison d’une importante éclosion de la COVID-19. C’est probablement pourquoi ça me hante autant. Et que je remercie aussi le ciel que mes parents habitent encore dans leur maison en ce moment.

J’aime mieux ne pas imaginer comment je me sentirais aujourd’hui si ma grand-mère avait été encore vivante. Dans quel état ma famille serait. Parce que nous étions tissés serrés. Elle avait de la visite plusieurs fois par semaine. De ses enfants. De ses petits-enfants. Et encore plus.

Pourtant, jamais je n’oublierai dans quel état je l’avais trouvée après la crise du verglas. Qui nous avait empêché d’aller la visiter pendant quelques jours. Elle n’avait pas compris qu’il avait été impossible de faire autrement. Même si elle avait eu accès aux informations à la télé.

Elle s’était sentie abandonnée. Me l’avait exprimé. Je l’avais trouvée déboussolée. Même si elle avait toute sa tête. J’étais mal arrivée à la raisonner.

«S’il existe une solitude où le solitaire est un abandonné, il en existe une où il n’est solitaire que parce que les hommes ne l’ont pas encore rejoint.»

-André Malraux

Elle qui avait tout connu. Le crash de 1929. Et la Seconde Guerre mondiale. Notamment. La crise du verglas, c’était trop pour elle. Pour son âge. Elle n’arrivait pas à comprendre que c’était du jamais vu pour tout le monde. Que même si sa vie achevait, elle n’avait pas tout vécu encore.

Je n’arrête pas de me demander comment elle aurait réagi cette fois. Je n’ose pas imaginer comment elle se serait sentie abandonnée.

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