Billet d’humeur : Vivre sous un toit

Par Hélène Gingras
Billet d’humeur : Vivre sous un toit
Sans avbri (Photo : Pixaby)

Appréciez-vous d’avoir un toit sous lequel vivre?

En 2013, quand je suis allée au Liban, les cabanes de fortune se multipliaient dans la vallée de la Bekaa, aux limites de la Syrie. Abritant des milliers de réfugiés syriens qui avaient fui la guerre.

Leurs habitations, construites avec ce qui ressemblaient à d’imposants cartons 4 X 8 et des bâches, avaient l’air de châteaux de cartes. De grandeur humaine.

Cette misère m’a chavirée pendant plusieurs heures. Je n’ai su qu’après – à mon retour au pays –, qu’ils payaient un loyer pour vivre sur ces terres libanaises. Entassés les uns sur les autres.

Il y a quelques semaines, je suis allée à la rencontre d’itinérants à Longueuil dans le cadre d’un reportage pour le Courrier du Sud. J’y ai notamment fait la connaissance de François, alors qu’il dinait dans une ancienne église transformée depuis plusieurs mois en soupe populaire et en refuge d’urgence.

Il a accepté de me jaser, à l’écart des autres. Il m’a un peu déstabilisée par son histoire. Son discours était souvent incohérent à plusieurs moments. Sa pensée diffuse. Sa ligne du temps incohérente. C’est un poqué de la vie. De la rue. À 60 ans. Qui a visiblement des problèmes de consommation.

Il avait trouvé refuge à l’Abri de la Rive-Sud. À quelques pas de là. L’organisme l’hébergeait pour un temps. Il y avait une chambre et une salle de bain privées. Un matelas pour poser son corps meurtri par les années. La sur-fatigue causée par son mode de vie. À trainer ici et là. Sur des bancs publics. Dans un fossé. Sur le plancher d’une piquerie. Parce que je l’ai cru quand il m’a raconté où il avait souvent dormi. À défaut de mieux.

«Il y a une loi avant les lois: pour venir en aide à un humain sans toit, sans pain, privés de soins, il faut braver toutes les lois.»

-L’abbé Pierre

On prend trop souvent pour acquis le fait qu’on a un toit. Un fauteuil. De la nourriture dans le frigo.

Oui, ce confort dépend de nos choix. Celui de travailler notamment. Mais force est de constater qu’avoir un toit devient de plus en plus un luxe. Que même ceux qui travaillent 40 heures par semaine arrivent plus difficilement à se payer. C’est la folie des prix dans l’immobilier en ce moment. Autant pour louer qu’acheter. Mais avoir un endroit pour se déposer en toute sécurité ne devrait-il pas être un droit?

 

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