Opinion

Billet d'humeur : Je suis trop vieille

vendredi le 14 janvier 2022
Modifié à 0 h 00 min le 15 janvier 2022
Par Hélène Gingras

hgingras@gravitemedia.com

Je ne connais plus tous les artistes de l’heure! (Photo: Depositphotos)

Êtes-vous parfois dépassé par les événements?

Quand j’étais adolescente, puis étudiante au cégep et à l’université, j’étais informée de tout ce qui se passait. Particulièrement sur la scène artistique et culturelle québécoise. Je connaissais chaque artiste, chaque auteur de la plus récente chanson à succès qui passait à la radio. 

Pour cette raison, je regardais religieusement les galas Artis et Gémeaux à la télé. Comme un rendez-vous sacré ou une messe du dimanche qu’on ne peut rater. Qu’on ne surtout veut pas rater. 
Au passage, je me payais un peu la tête de ma mère. Qui ignorait certains artistes plus récents ou qui n’étaient pas dans son répertoire de musique habituel.

«Quand je cesserai de m’indigner, j’aurai commencé ma vieillesse.»
-André Gide

 

Me voilà rendue à son stade! Incapable de suivre toutes les nouvelles tendances sur la scène culturelle. Je ne connais plus toujours la saveur du mois ni le nom de l’artiste de la relève le plus en vue. Par manque d’intérêt bien souvent. Si bien que je ne peux pas vous nommer les plus récents gagnants d’Occupation double ou de Révolution
Eh bien, vous savez quoi? Je ne m’en porte pas plus mal. Je répète seulement que je suis trop vieille pour vouloir être à jour sur tout.

Je me répète aussi que je suis trop vieille quand vient le temps d’aborder certains enjeux de notre société. Dans mon temps - ça c’est une preuve que je suis vieille! -, on se battait pour passer des entrevues pour dénicher l’emploi de nos rêves. Et on se défonçait ensuite pour faire nos preuves. Conserver notre emploi et se rendre indispensable. L’employeur avait le gros bout du bâton; c’est tout. La qualité de vie ou la conciliation travail-famille n’avait pas encore été inventée. 

De façon générale, les règles s’appliquaient à tous parce qu’elles faisaient l’affaire de la majorité. Et non pour les exceptions qui réclament une reconnaissance générale. On ne s’enfargeait pas non plus dans les mots pour nommer quelqu’un ou quelque chose. Puis, les professeurs ne risquaient pas de perdre leur emploi pour avoir prononcé le titre d’une œuvre d’Agatha Christie dans un contexte approprié. 

Comprenez-moi, je ne dis pas que c’est mal. La conciliation travail-famille, par exemple, est une avancée essentielle. Mais je suis trop souvent dépassée par ce que je vois ou j’entends. Je trouve qu’on pousse parfois trop le bouchon. C’est probablement parce que je suis trop vieille.