COVID-19 : mise à pied temporairement, mais forcée de se trouver un autre emploi

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Par Audrey Leduc-Brodeur
COVID-19 : mise à pied temporairement, mais forcée de se trouver un autre emploi
Caroline Pilon, propriétaire de l'Institut Belleza détente. (Photo : Gracieuseté)

L’employé d’un commerce non essentiel mis à pied temporairement après la fermeture forcée de celui-ci doit-il se chercher un autre boulot d’ici sa réembauche? C’est la question que se posent Vanessa Dumont et son employeur, l’Institut Belleza détente à Candiac, après qu’un représentant de Services Canada l’ait obligée à entreprendre des démarches en ce sens.

Autrement, la Candiacoise «fraudera le gouvernement» en réclamant du chômage, a répété l’employé au téléphone à l’interlocutrice ahurie.

«Je lui ai répondu qu’elle était loin de moi l’idée de vouloir frauder le système!, raconte l’esthéticienne. J’aime mon travail et je souhaite le conserver. Je sais qu’à la réouverture, ma patronne va me reprendre.»

Cette dernière fulmine. En tant qu’employeur, Caroline Pilon se dit victime d’un «non-sens bureaucratique» qui lui fera perdre du personnel.

«Je me sens prise au piège. Je souhaite rester, mais peut-être que d’autres choisiront de partir.» -Vanessa Dumont

«On nous demande de ne plus offrir certains services et nous nous conformons à cette directive. Mais, en retour, mes employés doivent se trouver du travail ailleurs?, se questionne celle qui souligne qu’ils sont la clé de son entreprise. C’est ma famille. C’est grâce à eux que ma compagnie existe et se démarque, je ne veux pas les perdre!»

Leur employeur craint de devoir repartir à zéro, soit d’embaucher de nouvelles personnes qui apprendront à bâtir un lien de confiance avec leur clientèle.

«Ça peut prendre jusqu’à trois ans pour y parvenir, fait-elle savoir. Notre métier en est un de cœur. Il s’agit d’une vraie carrière, et non d’un poste que tu peux simplement remplacer par un autre.»

Roulement de personnel

Lors du premier confinement en mars, trois employés, dont une réceptionniste, ont quitté de leur plein gré, précise Mme Pilon. Puis, cette année, la nouvelle personne engagée à ce poste a remis sa démission lorsque l’institut a dû cesser de fournir des soins esthétiques, jugés non prioritaires par le gouvernement à la fin décembre.

Seule la massothérapie peut être offerte, au moins jusqu’au 8 février.

«Les revenus engendrés par ce service sont tout juste suffisants pour permettre de payer le loyer», confie la propriétaire.

Perplexe

La plupart du personnel a fait une demande auprès de l’assurance-emploi, le 25 décembre. Vanessa Dumont ne cache pas que certaines notifications dans le formulaire l’ont laissée perplexe.

«Des sections mentionnaient effectivement que je devais faire des recherches, mais je n’avais jamais effectué de demande auparavant. Je n’étais pas au courant de la procédure», explique l’employée qui avait eu recours à la PCU la première fois.

Celle qui n’avait pas de nouvelles depuis trois semaines a reçu un coup de fil d’un représentant de Services Canada.

«Je lui ai dit que j’étais contente qu’il m’ait finalement appelée pour me rassurer, relate-t-elle. C’est à ce moment qu’il a commencé à me poser des questions. Je sais que j’avais l’air inquiète. Mais j’avais pourtant bien précisé que la mise à pied était temporaire en raison de la COVID-19.»

Or, l’employé lui aurait rappelé que pandémie ou non, la règle demeure la même. Qui plus est, son dossier ne serait pas automatiquement accepté, ce qui ajoute l’insulte à l’injure, selon la maman d’un enfant de 2 ans et demi.

«Alors, j’attends de voir s’il le sera, se résout-elle. J’essaie de lâcher prise.»

Le Reflet a été référé par le gouvernement à Emploi et Développement social Canada pour obtenir des réponses. Le Journal attend un retour de leur part.

Offre de la concurrence

Des collègues de Vanessa Dumont ayant effectué des demandes de chômage ont reçu des offres d’emploi envoyées par un système d’alerte gouvernemental. Celles que Le Reflet a consultées font état de postes à la réception dans des cliniques médicales et dentaires de la région ouvertes pendant le confinement. À son grand étonnement, une collègue esthéticienne a également reçu une offre d’un compétiteur, bien qu’il soit aussi fermé.

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