«Je me sens riche quand je travaille!» – Hugo Boutin

«Je me sens riche quand je travaille!» – Hugo Boutin

Hugo Boutin

Crédit photo : Le Reflet - Denis Germain

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Karen Suchslacher n’hésite pas une seconde à donner des tâches à son employé Hugo Boutin. Ce dernier, atteint d’une déficience intellectuelle, est totalement dédié à son travail de commis de plancher au Couche-Tard à Saint-Constant.  

Le lien qui unit la gérante et l’employé remonte à plus d’une quinzaine d’années, lorsque les deux ont été engagés à quelques mois d’intervalle au commerce situé à l’angle du boul. Monchamp et de la rue Sainte-Catherine.

«Notre relation est spéciale. J’ai commencé à travailler avec Hugo sur le plancher, puis j’ai monté dans la compagnie. Je suis partie deux ans, mais je suis revenue à Saint-Constant comme gérante et Hugo était encore ici, raconte Mme Suchslacher. Depuis, on ne s’est jamais séparés.»

«On fait un beau petit couple!» ajoute en riant le principal intéressé.

Du lundi au vendredi, environ 35 heures par semaine, l’homme de 46 ans place les produits dans les frigos et sur les tablettes, passe le balai et s’occupe de la consigne des bouteilles vides. Il est payé selon la même échelle salariale que les autres employés, un élément fondamental pour Mme Suschlacher, précise-t-elle.

«Une subvention du gouvernement couvre jusqu’à 50% de son salaire, explique-t-elle. Chaque six mois, un représentant du gouvernement vient au dépanneur pour s’assurer que les droits d’Hugo sont respectés.»

Dès le départ, il était clair pour la gérante que M. Boutin allait être traité comme tous les autres employés.

«Il n’a jamais de traitement de faveur. Je pense que c’est ça la clé, affirme-t-elle. La différence peut faire peur aux autres, mais pas à moi. Tout le monde est égal et doit travailler autant que l’autre. Parfois, je dois dire aux employés que ce n’est pas Hugo qui va tout faire dans le magasin. Il est dévoué et veut toujours se proposer.»

Mme Suchslacher a néanmoins offert à son protégé de porter la chemise rouge habituellement réservée au gérant du dépanneur.

«Je le lui ai donnée parce qu’il l’a gagnée grâce à sa loyauté et à son travail acharné», dit-elle.

Il n’est ainsi pas rare que des clients apostrophent M. Boutin pendant que celui-ci s’affaire à remplir les tablettes, pensant qu’il est le gérant. Ç’a d’ailleurs été le cas lors de la visite du <@Rb>Reflet<@$p>.

Faire confiance

Le résident de La Prairie est arrivé au Couche-Tard à Saint-Constant après une expérience frustrante chez un autre employeur, qui n’était pas sensible à sa condition, explique-t-il. Conscient de ses limites, il est reconnaissant envers sa patronne du temps qu’elle lui a accordé pour mieux l’intégrer.

«Je sais que j’ai un rythme un peu plus lent. Karen, c’est mon entraîneur, dit-il en riant. C’est ma deuxième mère aussi, ajoute-t-il, le regard attendri posé sur la gérante. Elle me demande de faire des choses dans le magasin et j’ai confiance en elle. Pour moi, c’est merveilleux!»

Pour mieux exploiter son plein potentiel, Mme Suschlacher lui a appris quelques trucs.

«Il ne savait pas lire les étiquettes, alors je lui ai montré à identifier les produits avec les couleurs, explique-t-elle. Je sais qu’il a besoin de soutien, mais pour tout ce qu’il fait dans le magasin, ça vaut la peine. Je lui donne les outils. Ce n’est pas vrai qu’il n’est pas capable de faire quoique soit ici.»

 

Un lien spécial

Sans qu’il le sache, M. Boutin est aussi devenu en quelque sorte un enseignant pour sa patronne.

«Je suis maman d’un garçon autiste. Tout le processus dans lequel j’ai passé avec Hugo, pour lui apprendre les choses différemment m’a aidé avec mon fils. Quand j’ai reçu le diagnostic, j’ai remercié Hugo parce que sans le vouloir, il m’a formé et guidé pour aider mon garçon», raconte-t-elle.

«Le Couche-tard, c’est toute ma vie. Je ne le quitterai jamais. C’est ma deuxième famille.» -Hugo Boutin

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