Mes séries éliminatoires

Par Hélène Gingras
Mes séries éliminatoires

Voici le billet du 20 avril 2016 d’Hélène Gingras.

Qui a dit qu’on ne répète pas les comportements de nos parents?

Bien avant de voir le hockey à la télé, je l’ai écouté. Parce que je pouvais parfois entendre la description du match. Mais surtout parce que mon père s’enflammait. Tout seul devant l’écran dans le salon. Alors que j’étais déjà au lit. Supposée dormir.

Je pouvais deviner à ses cris si les Canadiens venaient d’écoper d’une pénalité injustifiée. Il se choquait, insultait l’arbitre. Si Guy Lafleur et Steve Shutt trouvaient le fond du filet, il sautait de joie. Idem si le gardien Ken Dryden faisait un arrêt sensationnel. 

En séries éliminatoires, mon père se couchait plus tard qu’à l’habitude. Il écoutait plus de hockey. Les matchs des Glorieux, du moins. J’aurais presque pu remplir la feuille de match au son…

Parfois, je l’entendais fermer le téléviseur frustré lorsque Montréal se faisait compter deux, trois buts d’affilée. Il grommelait en regagnant son lit. D’autres fois, je finissais par m’endormir malgré le bruit du téléviseur et ses réactions. D’autres fois, elles me sortaient du sommeil pendant un moment. Avant que je ne reparte dans les bras de Morphée. 

J’avoue avoir un pincement au cœur que les Canadiens ne fassent pas les séries cette année. J’aime bien l’atmosphère qui règne les soirs de match. Les filles qui chantent «bleu-blanc-rouge» au bureau. Les gens qui se pressent pour rentrer à la maison. Qui courent à l’épicerie. Parce que le temps suspend son vol à l’heure des matchs. Les occasions sont belles de se faire des soirées entre amis.

Je me console cependant à l’idée que je viens de vivre mes séries éliminatoires. Elles avaient lieu ce week-end. Alors que mon p’tit chat (ma nièce) participait aux Championnats de ringuette de l’Est du Canada. La consécration ultime pour sa catégorie.

Je me suis levée aux aurores pour pouvoir assister aux matchs en direct sur mon iPad. Je me revois encore dans le salon toute seule à crier à pleins poumons. À applaudir chaque but de son équipe. À les encourager pour ne pas qu’elles baissent les bras devant l’adversité. À avoir des frissons, les larmes aux yeux de les voir se couvrir de bronze.

Heureusement que mes fenêtres étaient fermées…

J’étais comme mon père. Et mon chat, somnolent sur le pouf, sursautait chaque fois. Comme moi autrefois. 

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