Un peu de Candiac dans la plus grande ferme couverte au monde

Par Katherine Harvey-Pinard
Un peu de Candiac dans la plus grande ferme couverte au monde
Le résident de Candiac, Sébastien Leblond, dans le désert d’Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, où sera implantée la plus grande ferme couverte au monde. (Photo : Gracieuseté)

La plus grande ferme intérieure au monde verra le jour dans le désert d’Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis (ÉAU). Le projet, qui fait jaser d’un bout à l’autre de la planète depuis son annonce le 22 septembre, est le fruit du travail acharné de deux Émiratis et trois Québécois, dont le résident de Candiac Sébastien Leblond.

La ferme appelée Greenfactory Emirates s’étendra sur 17,5 hectares et une surface de culture de 160 000 mètres carrés, soit l’équivalent de 22 terrains de football.

À terme, elle permettra de produire 10 000 tonnes de fruits et légumes frais par an, ce qui correspond «à peu près à 5% de la demande aux ÉAU», dit M. Leblond.

«La distribution de nos produits est assurée pour les cinq prochaines années avec une des plus grosses compagnies de distribution alimentaire dans la région, qui est actionnaire avec nous, précise-t-il. On sait que tout ce qu’on produit va être vendu. C’est cette compagnie qui nous indique quoi faire pousser selon la demande.»

Sébastien Leblond est d’abord un diplômé en droit de l’Université de Montréal. Depuis une quinzaine d’années, il est entrepreneur à son compte dans des entreprises liées au droit. Sa façon de voir le monde a changé il y a environ cinq ans.

«J’ai commencé à m’intéresser davantage à créer plus d’impact par mes actions, raconte-t-il au Reflet. J’ai commencé à examiner la planète pour savoir où étaient les opportunités afin de vraiment pouvoir, dans une certaine mesure, me retrouver face à une situation comme dans les années 1950 au Québec, où on avait l’occasion de créer sur une page blanche.»

Ce processus de recherche l’a mené à Abou Dhabi «où il y avait une stratégie extrêmement claire de devenir des leaders dans le monde sur le plan de la sécurité alimentaire», explique M. Leblond.

Industrie alimentaire

Ainsi a-t-il, en compagnie de deux autres Québécois (Mario Leblond et Jonathan Mérineau Gosselin) et deux Émiratis (Mohamed Jouan-AlDhaheri et Sultan Al-Nassour), fondé RainMKRS Capital Investments LLC, «un catalyseur dont la mission est de mettre en contact des acteurs globaux et des acteurs locaux des ÉAU pour aider le gouvernement à atteindre ses objectifs sur le plan agroalimentaire et de la sécurité alimentaire», explique M. Leblond.

Au cours des quatre dernières années, Sébastien Leblond a pris l’avion 200 fois et fait 800 rencontres avec des gens d’universités, des gouvernements, des entrepreneurs et des investisseurs à travers le monde afin d’«établir une vision très claire» de ce qui pourrait être fait pour permettre aux ÉAU de se rapprocher de l’indépendance alimentaire, explique le Candiacois, qui agit comme chef global des opérations de RainMKRS.

Un système avancé

Le système de culture qui sera utilisé au sein de la ferme provient des Pays-Bas et est l’un des «plus avancés au monde».

Un laboratoire de recherche et développement sera d’ailleurs intégré à la ferme, afin de maximiser la production.

«Il y a des fruits et légumes dont la complexité génétique est simple, mais d’autres où elle est plus complexe. Plus on est capable de faire pousser une diversité de produits, plus on va être en mesure d’assurer une indépendance et une variété alimentaire», analyse M. Leblond.

C’est pour cette raison que l’entreprise a établi un partenariat avec «deux des plus grandes universités en matière d’agroalimentaire», Delphy et Wageningen University.

«C’est maintenant possible de cultiver des légumes de grande qualité sans pesticides, à l’année longue, n’importe où sur la planète.»

-RainMKRS

Pourquoi avoir choisi d’implanter ce projet aux Émirats arabes unis?

«Dans les dernières années, ils ont mis en place une politique très agressive de transformation de leur économie, explique M. Leblond. C’est un projet sur 30 ans pour se libérer de la dépendance au pétrole.»

«L’agriculture et la sécurité alimentaire est la priorité numéro 1 du pays», ajoute-t-il.

Empreinte écologique

Le projet en est un «extrêmement environnemental et qui peut se reproduire dans tous les climats extrêmes ou arides», mentionne Sébastien Leblond. Alimentée par l’électricité, la ferme utilisera 95% moins d’eau que des fermes traditionnelles. Elle devrait également réduire de 40% son empreinte de CO2.

«Quelque chose d’humanitaire»

La ferme couverte, qui nécessite un investissement total de 235 M$, sera construit en 6 phases sur 5 ans. La première d’entre elle devrait être prête pour l’Expo de Dubaï, en octobre 2021.

La coentreprise a également dans ses plans de construire d’autres fermes intérieures dans d’autres régions du monde où les climats extrêmes constituent un défi pour une culture normale.

Pour celui qui habite Candiac depuis près de 15 ans, ce projet est une grande fierté, notamment d’un point de vue environnemental.

«Quatre des cinq partenaires ont des enfants et, dans le contexte de notre développement entrepreneurial, on lègue quelque chose à nos enfants, où on contribue à faciliter la production d’aliments et assurer une certaine pérennité à l’être humain, souligne-t-il. Il y a quelque chose de commercial, bien sûr, mais il y a quelque chose d’humanitaire aussi et ça nous fait sentir bien.»

Par ailleurs, le ministre d’État des ÉAU pour la sécurité alimentaire et hydrique fait savoir que ce projet s’inscrit dans la volonté de son pays «de devenir d’ici 2051 un pôle dans le domaine de la sécurité alimentaire axée sur l’innovation», souligne Mariam Alamheiri par voie de communiqué.

Histoire de famille

L’histoire de RainMKRS en est une familiale. Mario Leblond, également co-fondateur, est le frère de Sébastien. C’est lui qui l’a présenté à un autre Québécois, mais qui vit aux ÉAU, Jonathan Mérineau-Gosselin.

«Il a marié une fille des Émirats, d’une très grande famille, la famille Al-Nassour. Son beau-frère est partenaire avec nous», explique-t-il.

«Notre autre partenaire est un jeune milliardaire nommé Mohammed Jouan-AlDhaheri, ajoute-t-il. Son père a bâti les Émirats avec la famille royale. C’est un des grands entrepreneurs locaux qui a aidé à bâtir la société là-bas.»

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