Un salon de barbier fête ses 85 ans

Par Denis Bourbonnais
Un salon de barbier fête ses 85 ans
Gaétan «Ti-toune» McSween, qui a été propriétaire du Salon Idéal pendant 43 ans, a profité du 85e anniversaire de l’établissement pour se faire couper les cheveux par Roger Vachon, barbier depuis 2003 au même endroit. (Photo : Journal Saint-François – Pierre Langevin)

Depuis quelques années, les salons de barbier prolifèrent pour satisfaire les goûts des hommes barbus qui désirent oser leur virilité. Or, avant la montée en popularité des barbes de bûcheron qui ont fait naître la génération des «lumbersexuels», les coupes de cheveux ont longuement été associées au rasage de barbes dans les salons de barbier.

A Salaberry-de-Valleyfield, le Salon Idéal et le quartier Nord sont indissociables. Depuis maintenant 85 ans, l’entreprise fondée en 1934 par Laurel «Ti-toune» McSween, perpétuée par son fils Gaétan «Ti-toune» McSween et gérée depuis 2003 par Roger Vachon mise sur une clientèle qui résiste au fil du temps.

Samedi, les barbes de viking étaient rares au 146 de la rue Alphonse-Desjardins mais plusieurs dizaines de clients étaient présents pour souligner le 85e anniversaire du salon qui a porté le nom de «Chez Ti-toune» jusqu’en 1966 avant de devenir le Salon Idéal. Pour certains, la fête n’était pas assez longue pour raconter toutes les anecdotes, dont les clients qui maintiennent la plus grande fidélité, Gérard Demers, 89 ans, et Jean-Guy Vaudrin, âgé de 82 ans.

Gaétan McSween, le dernier «Ti-toune», possède une mémoire remarquable et il fait bien ses 88 ans. Celui qui a manié les ciseaux à partir de 1960 se rappelle l’époque où la ville comptait 53 barbiers avant de passer à moins de 20 au début des années ’70.

La mode des cheveux longs a pris le dessus avec l’avènement des Beatles et ensuite du mouvement «Peace and Love», ce qui a eu pour effet de changer le profil de la clientèle. «Quand je demandais à un jeune à quelle longueur il voulait avoir ses cheveux, il me répondait qu’ils étaient déjà trop courts», relate l’octogénaire qui a élevé sa famille dans la paroisse Saint-Eugène.

«Auparavant, c’était la mère ou le père qui décidait pour la coupe de cheveux. Aujourd’hui, c’est le jeune qui prend la décision. Un bébé décide quelle poudre il veut avoir pour ses fesses», mentionne-t-il en riant.

Âgé de 88 ans, Gaétan «Ti-toune» McSween est entouré de Roger Vachon, barbier, et de Claudine Issa, propriétaire du bâtiment qui abrite le Salon Idéal. (Photo: Pierre Langevin)

Le fondateur, Laurel «Ti-toune» McSween avait élu résidence dans la maison qui allait abriter le salon de barbier. Il était reconnu pour sa complicité avec les enfants, qu’il se plaisait à prendre en photo pour amenuiser leurs craintes.

En 1966, le Salon Idéal a déménagé sur le chemin de la Baie, baptisé alors le «One Way», où se trouve actuellement la Banque CIBC,  avec un sauna et une vue sur la baie Saint-François. Quelques années plus tard, l’immeuble était ravagé par un important incendie qui a emporté une partie du secteur et en 1973, le salon de barbier est revenu à son domicile original avec une dizaine de barbiers à l’emploi de Gaétan «Ti-toune».

Des clients de longue date du Salon Idéal ont renoué avec Gaétan «Ti-toune» McSween samedi dernier. (Photo: Pierre Langevin)

Reprenant sa devise, «Même la boussole ne peut se passer du Nord», M. McSween raconte que des voyageurs sporadiques faisaient un détour par la rue Saint-Laurent (devenue Alphonse-Desjardins) pour avoir le même barbier.

«Normand Clairmont, qui était électricien aux États-Unis, attendait d’avoir les cheveux assez long pour revenir à Valleyfield», se souvient «Ti-toune».

Dans le temps fort, environ une douzaine de clients défilaient quotidiennement au Salon Idéal. Roger Vachon, qui a pris la relève en 2003 après avoir pris sa retraite dans un autre domaine, reconnaît que les belles années font partie du passé mais il y trouve quand même son compte avec une clientèle âgée de 30 à 89 ans. Des habitués de longue date viennent de Howick et Saint-Anicet pour se faire couper les cheveux», de signifier le travailleur autonome, qui loue sa chaise à la propriétaire des lieux, Claudine Issa.

Le Salon de barbier «Chez Ti-toune» est devenu le Salon Idéal en 1966. (Photo reproduction: Pierre Langevin)

 

Les deux plus anciens clients, Jean-Guy Vaudrin, âgé de 82 ans, et Gérard Demers, 89 ans, étaient au rendez-vous. (Photo: Pierre Langevin)
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