Une restauration complexe et coûteuse pour un lieu de culte de la région

Par Ali Dostie
Une restauration complexe et coûteuse pour un lieu de culte de la région
Cet été, le plâtre du plafond de la cocathédrale sera refait jusqu’au jubé, complétant ainsi la restauration du chœur, terminée l’an dernier. (Photo : Le Courrier du Sud - Ali Dostie)

Avec les importants travaux de restauration qui s’imposent à la cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue pour la prochaine décennie, et tout particulièrement au cours des deux années à venir, la fabrique de la paroisse mise sur son «devoir de conservation» du patrimoine pour sensibiliser les citoyens à contribuer à la vaste campagne de financement.

«Nous avons changé notre approche, tant auprès des citoyens que sur le plan corporatif, car il faut voir plus loin que le religieux. La cocathédrale est un joyau de notre patrimoine, expose le président de fabrique Benoît Laganière, jetant un coup d’œil autour de lui. Les gens sont attachés à cette église, c’est la mémoire de la ville. C’est ici que Longueuil a commencé.»

La cocathédrale fait partie du patrimoine de Longueuil, rappelle Benoît Laganière. (Photo: Denis Germain – Le Courrier du Sud)

 

Il admet que le récent drame de Notre-Dame-de Paris n’est pas étranger à ce changement d’approche. L’incendie, qui a suscité de vives réactions partout sur la planète, a fait prendre conscience à des milliers de personnes à quel point le patrimoine religieux est précieux.

Le Musée de la cocathédrale, qui propose des expositions temporaires différentes chaque année, tout comme les visites guidées et parcours, s’inscrivent dans cette volonté de faire connaître l’histoire des lieux et par le fait même, l’histoire de Longueuil.

 

Le Musée de la cocathédrale vise à faire connaître l’histoire des lieux. (Photo: Archives – Le Courrier du Sud)
Le Musée de la cocathédrale vise à faire connaître l’histoire des lieux. (Photo: Archives – Le Courrier du Sud)

Œuvre néogothique consacrée en 1887, la cocathédrale a été nommée monument patrimonial en 1984.

«Nous avons un devoir de conservation.»

– Benoît Laganière

Même si les subventions couvrent 80% des dépenses, les travaux qui sous-tendent ce devoir s’accompagnent d’importantes factures. L’objectif de l’actuelle campagne est fixé à 150 000$. Jusqu’à maintenant, près de 90 000$ ont été amassés.

La paroisse espère sensibiliser non seulement les paroissiens qui fréquentent le lieu de culte, dont certains viennent d’autres villes, mais aussi ceux qui, le temps d’un concert par exemple, s’émerveillent de la beauté des lieux.

Elle est toutefois prudente quant au nombre de concerts qu’elle accueille annuellement, les vibrations causées par les plus gros ayant un impact sur le plâtre, fragile.

La création d’un regroupement Amis de la cocathédrale, qui permettrait à la fois d’interpeller les paroissiens et d’assurer une certaine pérennité, figure également dans les plans.

Un plafond tout neuf

Des 3,5 M$ que coûteront les travaux de la prochaine décennie, un peu plus de 2,8 M$ doivent être déboursés en 2019-2020.

Cet été, le plâtre du plafond sera refait jusqu’au jubé, complétant ainsi la restauration du chœur, terminée l’an dernier.

«C’est un vrai travail d’artisans. Il y en a très peu au Québec qui le font. À chaque appels d’offres, ce sont les mêmes trois qui soumissionnent», relève le président de la fabrique.

 

Le plafond de la cocathédrale sera refait jusqu’au jubé. (Photo: Ali Dostie – Le Courrier du Sud)
L
e plafond de la cocathédrale sera refait jusqu’au jubé. (Photo: Ali Dostie – Le Courrier du Sud)

Un filet était installé au-dessus d’une vingtaine de rangées à l’arrière de l’église, des morceaux de plâtre risquant de tomber.

Les travaux entamés cet été devraient s’échelonner jusqu’en décembre.

Malgré les échafauds, les bancs de chaque côté de l’allée centrale demeurent accessibles, afin que se poursuive la célébration des messes. La chorale a temporairement quitté le jubé pour chanter à l’avant, et le majestueux orgue ne sonne plus; durant toute la durée du chantier, c’est celui caché derrière l’autel que les paroissiens entendront.

Travaux extérieurs

La concrétisation des travaux intérieurs est assurée, la paroisse bénéficiant d’une subvention de 800 000$ du Conseil du patrimoine religieux du Québec, échelonnée sur les trois dernières années.

S’il reste des sommes de cette subvention, cela permettra d’entamer l’étape des plans et devis pour la restauration du dôme.

Le dôme de la cocathédrale a rapidement besoin d’attention, certaines de ses garnitures extérieures étant instables. Un important travail de maçonnerie s’impose.

Le dôme de la cocathédrale. (Photo: Archives – Le Courrier du Sud)

Des inspections évalueront aussi s’il est « raisonnable» d’attendre un an avant de s’attaquer à la flèche. «Si on ne fait rien, il risque d’y avoir des infiltrations d’eau», constate Benoît Laganière.

Le toit a été refait en 1999. «On aurait dû refaire la flèche en même temps, mais c’était trop compliqué» et dispendieux, soit 400 000$ supplémentaires, se remémore-t-il.

La paroisse avait dû argumenter avec l’organisme subventionnaire afin de refaire le toit en cuivre – matériau d’origine du toit de la cocathédrale –, et non en tôle peinturée, telle qu’elle l’était à ce moment.

Le toit de la cocathédrale a été refait en 1999. (Photo: Archives – Le Courrier du Sud)

«La règle, c’est que l’on doit remettre dans le même état. Mais si on avait gardé la tôle, il aurait fallu tout refaire quelques années plus tard. En cuivre, ça devrait durer 100 ans.»

 

Un incendie qui donne des sueurs froides

Un incendie survenu à la cocathédrale il y a quelques semaines a donné toute une frousse, alors que le balcon situé entre le presbytère et l’église a pris feu.

«En sortant dehors, les prêtres ont vu les flammes refléter dans les vitraux et ont cru, pendant quelques secondes, que le feu était à l’intérieur de l’église», relate Benoît Laganière.

S’il y a eu plus de peur que de mal, l’intervention rapide des pompiers parvenant à limiter les dégâts, n’empêche que le risque était bien réel, l’église et le presbytère étant reliés par un corridor.

Selon les premières impressions des pompiers, l’incendie a peut-être été causé par un mégot de cigarette. L’enquête de la compagnie d’assurance devrait permettre d’en savoir plus.

 

20 M$ pour le patrimoine religieux

En 2019-2020, 15 M$ seront investis dans la préservation et la mise en valeur du patrimoine culturel à caractère religieux au Québec. La somme servira à la restauration de 69 bâtiments, de 2 orgues, de 4 biens mobiliers et d’un ensemble d’œuvres d’art répartis dans plusieurs régions.

Une somme supplémentaire de 5 M$ sera réservée à la requalification des lieux de culte, afin de préserver leur valeur patrimoniale.

Ce programme permet de financer jusqu’à 80% des coûts des projets sélectionnés par le Conseil du patrimoine religieux du Québec.

Le gouvernement provincial a annoncé le 4 août cet investissement promis en campagne électorale.

«Les gens sont attachés à cette église, c’est la mémoire de la ville, indique le président de fabrique de la paroisse Benoît Laganière. C’est ici que Longueuil a commencé.»

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