Amputée depuis la naissance, elle aide son prochain

Par Vicky Girard
Amputée depuis la naissance, elle aide son prochain
Sofia Benzakour tient à partager son expérience en tant qu’amputée afin d’aider et sensibiliser le plus de gens possible. (Photo : Le Reflet - Denis Germain)

Sofia Benzakour vit depuis toujours sans jambe gauche, amputée au-dessus du genou à la naissance en raison d’une malformation congénitale. Le programme Vainqueurs des Amputés de guerre a changé sa vie et la pousse depuis plus de 10 ans à faire une différence à son tour auprès de jeunes vivant avec une amputation.

La Laprairienne âgée de 25 ans s’adapte instinctivement aux obstacles qu’elle rencontre au quotidien, au point où elle ne les voit plus.

«Peut-être que j’en vis, mais j’ai une façon pour les surmonter que j’ai développé au fil du temps sans m’en rendre compte», laisse-t-elle savoir.

Photo: Le Reflet – Denis Germain

Il lui arrive néanmoins de se demander si elle serait plus sportive ou active si elle avait ses deux jambes, mais elle ne le croit pas. Elle sait que plusieurs amputés font du sport, mais qu’elle n’est «simplement pas du type sportive».

Mme Benzakour reconnaît que, «inconsciemment», le courage et la persévérance dont elle a dû faire preuve plus jeune ont influencé l’adulte qu’elle est devenue.

«Comme tout enfant, je voulais marcher, sauter et faire des activités, mais je devais m’adapter pour pouvoir le faire», confie-t-elle.

À ses yeux, vouloir aller au même rythme que les autres a été un défi. Selon son expérience, tous les jeunes qui vivent avec une amputation font face à cet obstacle à un moment ou un autre.

«Ça m’a également amenée, par la force des choses, à avoir une plus grande ouverture d’esprit envers les différences, puisque moi-même je vis avec une particularité visible», affirme Mme Benzakour.

Aide

D’origine marocaise, ses parents ignoraient que l’organisme aurait pu aider leur fille de 3 ans à leur arrivée au Canada. C’est à l’adolescence que Mme Benzakour a découvert le programme Vainqueurs.

«L’aide financière fait une énorme différence, Au Québec, le gouvernement ne couvre que l’achat de prothèses dites de base au coût de 10 000$ environ», témoigne celle qui a eu une vingtaine de prothèses depuis sa naissance. Les siennes ont été remboursées par le gouvernement jusqu’à l’âge de 12 ans.

Ainsi, une prothèse de jambe ou de bras pour, par exemple, se baigner, jouer d’un instrument ou pour pratiquer toute autre activité récréative n’est pas couverte.

«Dans mon cas, on parle de frais pouvant aller de 15 000$ à 50 000$»,  précise celle qui est aujourd’hui porte-parole pour les Amputés de guerre. Sa prothèse, qui remplace deux articulations, soit le genou et la cheville, est dite «spécialisée».

Elle ajoute qu’«outre l’aide financière, on reçoit beaucoup de soutien moral. On rencontre des gens qui vivent comme nous et on peut partager nos propres expériences».

Mme Benzakour a remarqué que son aide, apportée notamment à des familles dont l’enfant venait tout juste d’être amputé ou qui était né avec un ou des membres en moins, lui permettait de mieux vivre avec sa condition.

«Rencontrer ces familles est quelque chose de vraiment spécial. Ceux-ci posent des questions qui nous font réfléchir nous-même et c’est toujours marquant», dit-elle.

Elle ajoute avoir créé des liens d’amitié qui perdurent encore aujourd’hui.

Mme Benzakour est devenue conseillère au sein des Amputés de guerre à l’âge de 14 ans. Elle a visité des écoles et donné des conférences sur son vécu. Comme elle a atteint l’âge maximum pour occuper ce rôle, elle se consacre maintenant à établir des contacts pour partager son histoire et faire de la prévention d’accidents pouvant mener à une amputation.

Gare aux tondeuses

Louis Bourassa, directeur du programme Vainqueurs des Amputés de guerre, raconte son histoire pour sensibiliser les jeunes et moins jeunes au danger que représentent les tondeuses et tracteurs à gazon. Il a lui-même perdu sa jambe droite de cette façon, alors qu’il avait 4 ans. Il est impliqué avec l’organisme depuis ce temps.

«Mon père était sur le tracteur et je voulais l’aider même s’il m’avait interdit de m’approcher de cette dangereuse machine. En grimpant sur la tondeuse en marche, je suis tombée et ma jambe a été sectionnée sur le coup», partage-t-il.

M. Bourassa précise que les accidents sont la deuxième cause la plus fréquente des amputations. Il ne peut néanmoins chiffrer le nombre d’incidents impliquant des tondeuses, mais considère que les enfants peuvent être désensibilisés aux risques de celles-ci, puisqu’elles sont «partout, chaque jour».

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