Billet d’humeur : L’exploit est relatif

Par Hélène Gingras
Billet d’humeur : L’exploit est relatif
J'ai sorti mon vélo cet hiver. (Photo : Hélène Gingras)

Même temps, mais autres mœurs?

S’il y a bien un bon côté à la pandémie, c’est qu’elle m’aura permis de renouer avec l’hiver. Peu importe la température, je mets le nez dehors en soirée. Presque tous les soirs après le travail.

Par besoin de briser la monotonie. Je me suis mise au vélo. Ça fait un moment que je songe à m’acheter un fatbike. Mais j’ai peur de ne pas rentabiliser mon investissement.

Un samedi matin, je me suis décidée à faire le test. J’ai sorti mon vieux vélo de montagne. Une cagoule. Eh bien, c’est la meilleure décision que j’ai prise depuis des mois! J’ai un plaisir fou! À condition d’être bien habillée.

Je ne peux pas circuler sur une chaussée glacée ni aux endroits où il y a une accumulation importante de neige. Par risque de chute ou de m’enfoncer. Mais ces pièges sont généralement faciles à éviter.

Plusieurs personnes à qui je raconte que j’ai sorti mon vélo cet hiver n’en reviennent pas. Pour eux, ça relève un peu de l’exploit. Personnellement, je n’en pense rien.

Celles qui réalisent un véritable exploit, ce sont ces femmes au Soudan qui s’initient au vélo depuis quatre ans dans la capitale du pays. Je ne sais pas si vous avez lu ce reportage récemment dans La Presse +? Elles se réunissent dans un parc chaque semaine pour apprendre à pédaler. Désireuses de s’émanciper de l’ancien régime de dictature islamiste. Pour épargner et ne plus dépendre des transports en commun pour se déplacer. Parce que ce service est devenu dispendieux. En plus de connaître des ratés fréquents en raison des pénuries d’essence.

«Toutes les nations ont des raisons présentes, ou passées, ou futures, de se croire incomparables. Et d’ailleurs, elles le sont.»

-Paul Valéry

Au mieux, dit la reporter, ces femmes cyclistes récoltent des sourires. Au pire, des insultes. Et vivent du harcèlement. Parce que les préjugés ont la vie dure. Certains conservateurs pensent que la femme peut perdre sa virginité si elle fait du vélo. Puis qu’elle n’est pas fréquentable.

Il y a 5 ans, au Soudan, les femmes étaient limitées sur les possibilités de faire du sport à l’extérieur. «Il leur fallait une «tenue vestimentaire décente» et ne pas s’entraîner avec des hommes au risque de s’exposer à «des coups de fouet, à une contravention ou aux deux», écrit la journaliste Augustine Passilly.

Moi, avec mon vélo d’hiver à Sainte-Catherine, je suis loin de faire la révolution, j’en conviens.

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