Billet d’humeur : L’insulte 2.0

Par Hélène Gingras
Billet d’humeur : L’insulte 2.0

Vous arrive-t-il de vous faire insulter au travail?

L’anecdote qui suit remonte à plus de 25 ans. À mes débuts au défunt journal L’Événement à Saint-Constant. J’avais écrit un article sur le manque d’eau à Saint-Constant. Par erreur, j’avais écrit que des citoyens s’approvisionnaient avec des bidets. Au lieu du mot bidons. Une faute flagrante en effet.

Dans les jours qui avaient suivi la parution de l’article, j’avais reçu une lettre au journal. Quelqu’un avait découpé l’article. Encerclé le mot. Et rédigé une courte note. Assassine. Hélène Gingras est une cruche en français. De l’humour noir. Évidemment, ce n’était pas signé. Néanmoins, la méchanceté était criante. Par le ton du propos. Et le geste. Cette personne s’était donné du mal. Avait cherché l’adresse du journal. Acheté un timbre. Posté le tout. Alors qu’un appel pour signaler la faute aurait été beaucoup plus civil…

Heureusement, je n’ai pas reçu souvent de lettres de bêtises par la suite. Mais si les lettres étaient encore populaires aujourd’hui, j’en recevrais des dizaines chaque semaine. Idem pour mes collègues. Parce que le courrier des insultes s’est transporté sur Facebook.

Chaque semaine – et j’insiste sur la fréquence – nous récoltons des commentaires désobligeants. Haineux. Méchants. Et souvent totalement gratuits. Ce qui est encore moins justifiable.

Je peux comprendre que Dany Turcotte n’en pouvait plus. Que des élus jettent la serviette. Que le premier ministre François Legault promette de faire le ménage de sa page. Parce que c’est excessivement difficile de faire se faire déprécier au quotidien. D’être traité de clown. Sali de la sorte. De subir les foudres sans commettre aucune faute professionnelle.

Un exemple? Mon collègue Michel Thibault du Soleil de Châteauguay a arpenté des rues de sa ville lors du premier soir du couvre-feu, en janvier. Question de savoir si les gens le respectaient. Je précise ici que TOUS les quotidiens ont fait pareil. Mais il a récolté une pluie de commentaires désobligeants. Malveillants.

Celui-ci résume bien: «Ok facque toé le journaliste tu as le droit de sortir après le couvre-feu pis tu nous fais chier avec une vidéo de marde. Tu pourrais te garder une tite gêne. On n’avait pas besoin de toi pour savoir que ça serait calme sur les routes.»

Vous avez remarqué le ton, l’arrogance, le mépris? Pas dans une lettre une fois. À répétition. Chaque semaine. Ça devient lourd. Sans se calmer. Malheureusement.

«Il n’y a d’autre enfer pour l’homme que la bêtise ou la méchanceté de ses semblables.»

-Marquis de Sade

 

 

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