Conte de Noël : le pingouin de Sibérie

Conte de Noël : le pingouin de Sibérie
(Photo : Dessin de Vicky Girard)

L’équipe de rédaction du Reflet a repoussé ses limites. Les quatre journalistes ont écrit un conte à relais pour Noël. Bonne lecture! En prime, la journaliste Vicky Girard l’a illustré.

 

-Mais où est passé le bateau?, se demande Oleg. Il était ici la dernière fois que j’ai plongé. Il ne peut pas avoir disparu de la sorte. Il est si gros.

Et, pourtant, le cargo est invisible. Au grand désespoir du petit pingouin qui tourne en rond dans l’eau face aux portes closes de l’écluse à Sainte-Catherine.

Le capitaine lui avait expressément demandé d’attendre un peu avant de plonger pour aller chercher son souper. Véritable papa poule, il n’a jamais aimé qu’Oleg quitte le bateau. Ni aucun marin. Le petit pingouin n’a pas écouté.

-J’avais trop faim! Puis, j’adore l’eau froide et les poissons du Saint-Laurent!, se dit Oleg à voix haute en tentant de justifier sa désobéissance.

Maintenant, le palmipède marin regrette aussi sa gourmandise.

Pendant qu’Oleg se régalait de perchaudes et de dorés jaunes, l’éclusier a devancé de plusieurs minutes le passage du Newspetrov. Il a ouvert les portes, avant de les refermer, pour permettre au cargo de poursuivre sa route vers le lac Saint-Louis.

Le cargo s’effaçait sans que l’équipage ne se soit rendu compte que le petit pingouin était resté derrière. Oleg allait sûrement leur manquer, lui qui avait mis peu de temps à fraterniser avec l’équipage à son départ de la Sibérie, il y a plusieurs mois.

Les matelots adoraient le lancer à l’eau lorsque venait le temps pour lui de se nourrir ou de se dégourdir les pattes dans son habitat naturel. Tête devant, ils le lançaient comme un ballon de football à la manière de Tom Brady.

-Je suis Superman!, criait Oleg avant de toucher l’eau.

Et ça faisait rire tout le monde.

Mais là, seul, au milieu de l’eau, sans son Newspetrov et son équipage, le petit pingouin a perdu son sens de l’humour. Il se demande ce qu’il va faire. Ce qu’il va devenir.

La nuit tombe. Il fait noir. Oleg cherche une solution.

 

*****

 

Las de tourner en rond dans l’eau, il décide de se rendre sur les rives. Il touche la terre ferme du Parc Optimiste.

Il décide de s’étendre sur le ventre et de faire la sieste. Les pingouins ne dorment jamais très longtemps lorsqu’ils s’assoupissent, mais Oleg se dit que lorsqu’il se réveillera, le bateau aura peut-être réapparu et il saura que ce n’était qu’un très vilain rêve.

Les heures s’écoulent et Oleg ouvre un œil. Il se remet vite sur pattes, au point où il semble avoir bondi du sol. Non seulement le Newspetrov n’est pas de retour, mais voilà qu’une étrange petite créature le fixe de ses yeux noirs globuleux.

S’il pouvait se gratter la tête avec une de ses ailes, Oleg le ferait assurément, tellement il ne comprend pas ce qu’il voit.

-Woolfie, reviens ici! Laisse-le tranquille! Woolf… Oh! Qu’est-ce que tu as trouvé? Un… pingouin?!, s’exclame Ariel, aussi incrédule qu’Oleg.

Certes, Oleg a vu une multitude d’animaux au cours de sa jeune existence – les humains sont de loin les plus étranges qu’il a côtoyés, selon lui -, mais la curieuse bête poilue qui s’apprête à lui donner un grand coup de langue dans le visage pique définitivement sa curiosité.

Dans un effort désespéré, l’oiseau marin, au visage désormais mouillé de bave, marmonne quelques paroles, se doutant bien que ni le quadrupède devant lui, ni la petite humaine qui l’accompagne ne comprendront un traitre mot de son dialecte. Mais à sa grande surprise…

-Tu cherches tes amis petit pingouin?, répond Woolfie, pendant qu’Ariel lui demande de cesser d’aboyer.

-Tu… tu me comprends?, balbutie Oleg, consterné.

-Évidemment, idiot! C’est grâce au père Noël!, répond le chien, une pointe d’impatience dans le jappement, pendant qu’Ariel tire sur la laisse de son chien de toutes ses forces.

Oleg cligne de nouveau les yeux, le bec ouvert.

-Mais qui est ce père machin?

-Tous les animaux qui l’ont déjà croisé ont le pouvoir de dialoguer entre eux, poursuit Woolfie, le plus sérieusement du monde. Tu l’as donc certainement vu à un moment ou à un autre!

Trop excitée de raconter sa découverte à sa maman et de lui prouver que son film préféré Les petits pieds du bonheur était un fait vécu, Ariel réussit à ramener son compagnon à quatre pattes vers elle. Elle court vers sa maison de la rue Guérin.

-Maman!! Mamaaaaaan!

 

*****

 

Perdu, Oleg se dit que ce père – quoi déjà… Nowel? – va sûrement pouvoir l’aider à retrouver ses matelots. Et que ces derniers recommenceront à le lancer dans l’eau comme avant.

Il prend ainsi la route, sans trop savoir dans quelle direction aller.

-Ce père machin ne doit pas être bien loin, se dit Oleg à lui-même.

En marchant dans le parc, il aperçoit au loin une surface glacée qui lui rappelle étrangement sa maison en Sibérie. Bizarrement, elle est isolée, entourée de murs blancs. Peut-être que des pingouins y habitent?

Oleg s’avance tranquillement vers la surface, y dépose une patte et, avant même qu’il puisse s’y aventurer, un humain de petite taille le bouscule. L’oiseau marin remarque bien vite que celui-ci porte des souliers très dangereux, avec des lames, et qu’il tient dans ses mains un très long morceau de bois.

-N’aie pas peur petit pingouin!, lui lance l’humain, mais Oleg ne comprend pas son langage.

Effrayé, il se met à courir le plus vite qu’il peut. Dans une telle situation, ses bonnes vieilles techniques de pingouin refont surface et il se laisse glisser sur le ventre. Sous l’effet de la peur, il a toutefois oublié un élément important: les murs. Oleg en percute un et s’effondre sur la glace. En se relevant, une voix parvient à ses oreilles.

-Hé, mon pote! Relaxe, c’est un enfant qui joue un sport – débile, si tu veux mon avis – appelé le hockey. Par contre, si j’étais toi, je me sauverais avant que son géniteur ne se pointe!

Oleg réussit finalement à identifier son interlocuteur, un drôle d’oiseau perché sur un arbre près de la patinoire.

-Tu as vu le père Noël toi aussi?, lui crie-t-il.

-Évidemment, voyons! J’le croise dans le ciel à ce temps-ci de l’année à la nuit tombée. C’est un gros bonhomme habillé en rouge avec une grosse barbe blanche. Il amène des cadeaux dans les maisons des humains. Si je n’me trompe pas, il passera dans le coin ce soir…

Soudain, Oleg a de vagues souvenirs qui lui reviennent en tête. Il n’était qu’un bébé quand il a aperçu pour la première fois ce père Noël, comme ils se plaisent tous à l’appeler ici. Son père, lui, l’appelle pourtant saint Nicolas. Quelle chance de savoir qu’il sera en ville ce soir!

-Il ne reste qu’à donc qu’à le trouver, se dit le petit pingouin.

 

*****

 

Inquiet de voir la nuit revenir, il se dirige vers des maisons illuminées en glissant dans la neige.

-Ouf… Je n’aurais pas dû manger autant de poissons, pense-t-il, en sentant son bedon tout rond le freiner.

Il se lève rapidement en voyant deux humains s’approcher. Il ne veut surtout pas attirer leur attention et perdre du temps.

-Suis-moi!, lui crie l’oiseau qui veut l’aider. Utilise tes ailes pour voler.

-Je ne peux pas voler comme toi, dit Oleg tristement. J’ai des nageoires! Et je suis beaucoup trop lourd.

-Essaie!, se fâche l’oiseau. Tu n’es pas un manchot.

Le pingouin bouge ses membres latéraux d’haut en bas le plus vite possible. Il s’élève de quelques millimètres. Il n’en revient pas.

Les humains l’observent curieusement au loin. Paniqué, Oleg se met à courir en battant des ailes et, tout à coup, il sent le vent le soulever.

Avec son nouvel ami, le palmipède marin vole au-dessus de l’écluse et du Saint-Laurent. Aucune trace du Newspetrov.

Quelques minutes plus tard, il voit un gros monsieur vêtu de rouge dans une boîte métallique décorée. Ce sont des rennes sans ailes qui le tirent! Oleg n’en croit pas ses grands yeux bleus.

C’est à ce moment que ça lui revient. C’est le traineau de saint Nicolas! Chaque 24 décembre, il décollait du pôle Nord après avoir été chargé par des jouets qu’Oleg, sa famille et tous leurs amis fabriquaient.

Lorsque des lutins sont débarqués avec leurs dix doigts agiles, ils ont pris la place des pingouins à l’atelier.

Oleg était petit, mais il se souvient de son déménagement en Sibérie. Puis d’avoir embarqué sur un bateau quand la banquise sur laquelle il aimait jouer a fondu.

-Je dois aller le voir!, s’exclame le pingouin, qui accélère le battement de ses ailes.

Il atteint le traîneau, à bout de souffle.

-Oleg?, s’étonne le père Noël en l’apercevant.

-Vous vous souvenez de moi?, demande le pingouin.

-Bien sûr! Je ne pourrais oublier le dernier-né de mes vaillants fabricants de bonheur. Tu étais le pingouin qui glissait le plus loin. Embarque! J’ai besoin d’assistance pour distribuer les cadeaux ce soir. Ensuite, je te dépose où tu veux.

 

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