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Contraint de vivre dans son automobile

le vendredi 14 octobre 2022
Modifié à 8 h 32 min le 14 octobre 2022
Par Jules Gauthier

jgauthier@gravitemedia.com

Lucien Bessette devant les ruines de son ancien logement situé au 116 rue Principale. (Photo: Le Soleil - Jules Gauthier)

La crise du logement chamboule la vie de bon nombre de citoyens. C’est le cas de Lucien Bessette, un résident de Châteauguay qui vit depuis quelques mois dans son automobile après avoir été évincé de son appartement au début de l’été, dans l’ancien motel maintenant démoli sur la rue Principale.

Lucien Bessette vivait depuis 2001 dans ce bâtiment reconverti en petits appartements à prix modique. L’homme de 59 ans et les locataires des sept autres logements ont eu le déplaisir d’apprendre, en septembre 2020, qu’ils allaient être évincés. L’immeuble allait être démoli par Sheriff Constructions, le nouveau propriétaire du terrain, pour faire place à un nouvel immeuble locatif.

« J’ai habité ici pendant 22 ans au numéro 5 et ils nous ont mis dehors; maintenant ils vont faire autre chose, il n’y aura rien de social pour nous ici », a expliqué avec dépit M. Bessette, rencontré devant les ruines de son ancien logement.

Un sentiment d’injustice

Selon un document du Tribunal administratif du logement obtenu par le Journal, les locataires avaient jusqu’en avril 2022 pour quitter leur appartement. Les résidents du 116, rue Principale ont essayé, sans succès, de contester l’avis d’éviction en Cour. M. Bessette a été le dernier à quitter les lieux à la fin du mois de juillet.

Selon ses dires, il s’est senti floué par les nouveaux propriétaires. « Ils étaient censés m’aider à trouver un nouveau logement, c’était ça le deal », raconte celui qui estime qu’on l’a laissé tomber.

Vivre sur son siège

Contrairement aux autres locataires, M. Bessette n’a pas réussi à trouver un logement au moment de quitter son ancien appartement. Sans autre solution, il a alors commencé à vivre dans son véhicule en emportant le maximum d’effets personnels.

« Je dors et je mange dans mon char depuis le 31 juillet. Je suis tombé malade à cause de ça, mes jambes et mon aine me font mal, j’ai même dû aller à l’hôpital. Ça a été une véritable fournaise là-dedans cet été et y’a pas personne qui a levé le petit doigt pour m’aider », a-t-il déploré.

Lucien Bessette a bien essayé pourtant de trouver un nouveau logement. Même avec un papier de l’OMH certifiant qu’il est éligible pour un appartement à prix modique, il a essuyé plusieurs refus à Châteauguay.

Ne sachant plus trop quoi faire à l’approche de l’hiver, le presque sexagénaire se dit déçu et triste. Il espère pouvoir quitter son automobile le plus rapidement possible.

Dormir dans son automobile est un supplice pour l'homme de 59 ans. (Photo: Le Soleil - Jules Gauthier)

Venir en aide

Ben Dagenais, un ancien voisin de M. Bessette pendant six ans, a eu plus de succès pour se reloger après son expulsion. « J’ai trouvé un petit logement grâce au propriétaire pour qui je fais des rénovations. C’est extrêmement difficile de se trouver de quoi dans le coin, j’ai été chanceux », a-t-il dit.

Ce dernier a admis qu’il aurait bien accueilli son ami chez lui, mais qu’il n’a pas assez de place. « Pour l’aider, je l’ai amené aux organismes de Châteauguay qui s’occupent du logement et je traite ses documents, car il souffre d’illettrisme, a-t-il raconté. Ce n’est pas facile de lire les annonces avec cette condition-là ».

Une crise profonde

Des histoires dramatiques comme celle de Lucien Bessette, Bertrand Loiselle, directeur général de l’OMH de Châteauguay, en entend presque tous les jours.

« En ce moment, on a environ 300 ménages sur notre liste d’attente pour un logement social dans la MRC de Roussillon. Il y en a qui attendent depuis un, deux et même cinq ans. Ce n’est vraiment pas une drôle de situation », a admis celui qui réclame plus de logements à prix modique depuis des années.

Sur cette liste, les victimes de violence conjugale sont priorisées, a indiqué M. Loiselle. Il précise toutefois que « pour ceux et celles qui se sont fait mettre dehors ou qui sont dans la rue, l’OMH peut faire, selon leur revenu, une demande de subvention pour les aider à payer une partie de leur loyer ».

C’est ce que Lucien Bessette a fait, mais le directeur mentionne que c’est de la responsabilité des gens qui se cherche un logement de trouver le leur et que la situation actuelle est intenable. « On est en bas de 1% de taux d’inoccupation dans la région, c’est ridicule. S’il n’y a pas de logements disponibles, je ne peux rien faire malheureusement », a-t-il affirmé.

Le Soleil a contacté Sheriff Constructions à plusieurs reprises, mais l’entreprise n’a pas répondu à la demande d’entrevue.

En avril, la Ville de Châteauguay a organisé une assemblée publique pour présenter à la population le projet de construction de l’immeuble de 20 logements locatifs sur le site de l’ancien motel.

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