Le Centre de services scolaire a une liste d’enseignants à ne pas engager

Le Centre de services scolaire a une liste d’enseignants à ne pas engager
(Photo : Depositphotos)

Le Centre de services scolaire des Grandes-Seigneuries a dressé une liste de 171 personnes à ne pas engager ou à engager seulement pour de la suppléance à court terme (moins de 5 jours).

Une personne a transmise au journal le document classé « confidentiel », estimant qu’il ne respectait pas les normes. Le Centre de services scolaire assure qu’il n’en est rien et que la pratique est nécessaire pour assurer une saine gestion des ressources humaines.

«Le Centre de services scolaire des Grandes-Seigneuries (CSSDGS) a pour principale mission d’organiser les services éducatifs de qualité aux élèves, jeunes et adultes, relevant de sa compétence ainsi que de veiller à leur réussite scolaire et sociale. Pour atteindre cette visée, le CSSDGS doit donc s’assurer de faire équipe avec du personnel qualifié, compétent et apte à exercer les fonctions attribuées dans le respect des exigences de notre organisation et avec l’assurance que les apprentissages et le bien-être de nos élèves seront au cœur de leurs actions», indique dans un courriel Hélène Dumais, directrice adjointe au Service du secrétariat général et des communications du Centre de services scolaire des Grandes-Seigneuries, en réponse aux questions du journal.

«En plus d’assurer une saine gestion de notre organisation, nous devons donc avoir l’assurance de la qualité des services offerts à nos élèves, poursuit-elle. Celle-ci est importante et ne peut être prise à la légère: nous devons être à la hauteur des attentes comme organisation publique et les parents de nos élèves doivent nous faire confiance pour veiller sur leurs enfants pendant leur présence à l’école. Ainsi, nous avons des mécanismes et des outils de travail qui nous permettent de porter un jugement sur les individus qui proposent leurs services et qui souhaitent devenir des employés du CSSDGS, comme c’est aussi le cas pour la majorité des entreprises.»

«Étant donné le nombre de nos établissements et la possibilité pour les nouveaux enseignants de travailler dans plusieurs écoles, le Service des ressources humaines (SRH) crée une liste de personnes répondant aux exigences de base, alors que les directions de nos écoles leur attribuent des tâches. Ces personnes sont ensuite évaluées en fonction des expériences vécues. Des procédures claires existent à cet effet. Et lorsqu’une évaluation négative est faite, la direction de l’école doit, dans les bonnes pratiques, aviser la personne concernée de cette évaluation», fait part Mme Dumais.

«À la lumière de ces évaluations ou à la lumière d’informations colligées, certaines personnes peuvent  – pour différentes raisons – s’avérer ne pas être adéquates pour remplir le rôle d’enseignant. Ces personnes se retrouvent alors sur une liste de personnes à ne pas engager», confirme-t-elle.

«Cette liste de personnes est transmise de manière confidentielle à deux personnes dans chacune des écoles et doit être utilisée par ces deux personnes uniquement. Elles sont tenues au respect de la confidentialité dans le cadre de leurs fonctions. Cette liste de noms et de matricule est centralisée par notre SRH, puis transmise pour outiller les écoles. Elle reprend des informations qui se retrouvent déjà au dossier des individus.»

Mme Dumais assure : «La liste respecte la vie privée des gens et est conforme à la Loi sur la protection des renseignements personnels, puisque les individus qui s’y retrouvent ne sont pas des employés réguliers et que notre organisation respecte les normes du travail.»

Elle précise que «les personnes qui sont sur la liste de la suppléance cinq jours et moins, elles, peuvent être engagées. Il s’agit de personnes qui ont eu une évaluation négative dans une école, mais qui peuvent vivre d’autres expériences positives dans nos écoles. Si une personne a reçu une évaluation négative, elle a été informée par la direction de l’école».

«Les personnes non légalement qualifiées peuvent aussi être appelées par les écoles, mais pour être en mesure d’obtenir un poste régulier, elles doivent obtenir un brevet d’enseignement», affirme la porte-parole.

Mme Dumais précise qu’une enquête interne sera menée considérant que la diffusion de la liste confidentielle constitue un manquement.

Réactions externes

La présidente de l’Association des professeurs de Lignery, Martine Provost, se dit « extrêmement préoccupée » par la liste noire d’enseignants du Centre de services scolaire des Grandes-Seigneuries (CSSDGS).

« Je n’étais pas au courant de l’existence de cette liste », a indiqué en entrevue au Soleil de Châteauguay, le 13 janvier, celle qui est à la tête du syndicat qui représente 2400 membres du personnel de la CSSDGS.

Martine Provost, présidente Association des professeurs de Lignery

Mme Provost a fait part qu’elle concevait que le Centre de services scolaire conserve les évaluations des enseignants et les compile. « Mais que cette liste soit transmise à toutes les écoles, non. On n’a jamais été informés de ça », a-t-elle affirmé.

La présidente de l’APL exprime des inquiétudes à l’égard de la confidentialité et la possibilité de fuites d’informations. « La liste est envoyée à deux personnes dans chaque école. Le Centre de services scolaire compte 58 établissements. Ça fait 120 personnes. C’est beaucoup de monde », souligne-t-elle.

« Troublant »

Pour Martine Provost, le geste posé à l’égard de personnes qui détiennent leur permis d’enseigner du ministère de l’Éducation comme il se doit soulève beaucoup de questions. « Comment les évaluations ont-elles été faites ? Est-ce que l’enseignant a obtenu du soutien pour parfaire ses compétences ? A-t-il eu accès au programme de mentorat ? Est-il banni à vie peu importe la compétence à parfaire ? Parce que tu as des éléments à améliorer, on te dit : plus jamais tu ne seras enseignant ? C’est troublant », exprime-t-elle. « Toute notre vie, on parfait nos compétences. La condition enseignante est très difficile», fait-elle valoir.

Écarter des personnes possédant leur permis est d’autant plus critiquable dans un contexte de pénurie d’enseignants, laisse entendre Mme Provost.

De son côté, l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés n’a pas été en mesure de commenter. Sa porte-parole a fait savoir que l’Ordre «ne se prononce pas sur des cas particuliers» et trouverait «imprudent» de le faire sans en connaître tous les détails.

Quant à elle, la Fédération des centres de services scolaire du Québec a affirmé qu’elle n’est pas au courant de l’existence d’une telle pratique.

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