COVID-19

Le défi de vacciner en pharmacie

mercredi le 26 mai 2021
Modifié à 20 h 45 min le 26 mai 2021
Par Audrey Leduc-Brodeur

Gracieuseté

Quand les pharmacies ont été sollicitées pour participer à l’effort de la vaccination, Stéphane Guérin s’est rendu à l’évidence qu’il n’aurait pas suffisamment de place dans ses trois succursales du Groupe Jean Coutu pour accueillir une centaine de personnes.

C’est pourquoi il a choisi de procéder dans un local au sous-sol de Place La Citière qui lui a été prêté par la direction du centre commercial du boul. Taschereau. Sans cet espace, l'administrateur se serait arraché les cheveux en pensant à l’afflux de clients provoqué dans ses pharmacies par la vaccination contre la COVID-19.

«C’est plus compliqué dans une pharmacie en raison de l’achalandage. Une personne vaccinée doit rester sur place pendant 15 minutes, rappelle M. Guérin. Une pharmacie, ce n’est pas une clinique, alors nous avons décidé d’en bâtir une pour qu’on soit en mesure d’opérer indépendamment de nos pharmacies.»

Tous les clients ayant choisi l’une des trois succursales Jean Coutu de l'administrateur via le portail Clic Santé sont ainsi redirigés vers ce local. Puisqu’il est prévu que chaque pharmacie, sans égard à sa bannière, reçoive 100 doses à la fois, M. Guérin peut en administrer 300 à cet endroit, à raison de 80 personnes par jour.  

«Dès que nous ouvrons des plages horaires, elles s’écoulent en moins de deux heures. Lorsqu’un nouveau groupe prioritaire était annoncé, le téléphone ne dérougissait pas», relate celui qui a reçu sa première vague de doses de la compagnie Moderna le 6 avril. La suivante a été livrée 11 jours plus tard.  

«Nous sommes toujours mis au courant de la prochaine distribution environ deux jours à l’avance, fait savoir le professionnel de la santé qui a su en même temps que le grand public que les pharmaciens allaient devoir collaborer. «On comprend qu’il est difficile pour le gouvernement de prévoir l’arrivée des vaccins, nuance-t-il. On s’adapte.»

L’administration des doses d’abord dans les pharmacies de Montréal a permis à celles de la Rive-Sud de se préparer, ajoute-t-il en précisant que «tout roule rondement.»

Paperasse

Puisque la prise de rendez-vous doit obligatoirement passer par le portail Clic Santé, les pharmaciens sont tenus de gérer la paperasse requise par le gouvernement. M. Guérin a fait appel à une infirmière à la retraite afin de remplir les formulaires administratifs sur différentes plateformes Web.

Propriétaire de la pharmacie Familiprix à Saint-Constant, Yanick Fournier reconnaît d’ailleurs que la vaccination est une charge de travail supplémentaire. Il explique qu’il doit créer un dossier pour chaque patient. Des clients de Châteauguay et Saint-Jean-sur-Richelieu, notamment, réservent à sa succursale, à la recherche d’une plage horaire rapide.

«On sait qu’ils ne viendront plus chez nous par la suite, à part pour la seconde dose, estime-t-il, mais on doit prendre le temps de les inscrire à notre pharmacie. L’acte de vacciner n’est rien du tout, car c’est très simple pour nous de le faire. C’est l’impact administratif qui nous incombe qui est peut-être plus lourd à porter.»  

«Ça nous fait plaisir de participer à l’effort de guerre, malgré les coûts et le travail supplémentaire rattachés à cela.» -Yanik Fournier, Familiprix Saint-Constant

Entre le soutien financier octroyé par le gouvernement aux pharmacies qui vaccinent et les dépenses engendrées pour procéder, les pharmaciens perdent au change.

«C’est une réalité peu connue parce que le pharmacien est l’un des seuls professionnels pour lequel le client ne débourse pas afin de recourir à ses services», fait remarquer M. Fournier, qui est néanmoins «très heureux de faire partie de la solution contre la COVID-19».  

Il s’estime chanceux de pouvoir accueillir les clients à même sa succursale, alors que d’autres, comme M. Guérin, ont dû s’installer ailleurs. Ce dernier a reçu l’aide de partenaires comme le Collège Jean de la Mennais à La Prairie qui lui a fourni des chaises et des paravents.

Secondes doses

La ponctualité des gens les satisfait tous les deux. Pour M. Guérin, cela s’est avéré un beau problème, car il n’a pas été capable d’honorer la petite liste d’attente qu’il s’était constituée en cas de désistement dans les premiers jours. 

Pour sa part, M. Fournier a expérimenté des réticences auprès de ses patients quant à l’administration de la seconde dose, 112 jours après la première.

«La date tombe mal, car elle coïncide avec leurs vacances», fait-il savoir. Ceux qui souhaitent modifier leur deuxième rendez-vous doivent contacter le 1 877 644-4545 et donner une raison valable pour modifier leur plage horaire.

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