Le pire des deux mondes pour le boeuf

René Vézina, chroniqueur économiste
Le pire des deux mondes pour le boeuf
Morceaux de boeuf (Photo : Depositphotos)

À une époque, les Canadiens de Montréal avaient la fâcheuse manie de repêcher des rangs juniors de gros joueurs pas toujours très habiles mais qui pourraient, disait-on, intimider leurs adversaires.

On les appelait les «bœufs de l’Ouest», même si nous sommes la plupart du temps restés sur notre appétit. Ils n’étaient pas bons.

Saut dans le temps: ces temps-ci, le boeuf de l’Ouest risque encore de ne pas remplir ses promesses. Non pas parce qu’il est mauvais, mais simplement parce qu’on pourrait bien en manquer. De la viande de bœuf, on s’entend.

Vous avez peut-être vu cette nouvelle comme quoi pas moins de 934 travailleurs de l’usine de transformation Cargill, en Alberta, ont été infectés par le coronavirus. À tel point qu’elle a dû cesser ses activités pendant deux semaines, avant de les reprendre tant bien que mal au début mai.

Cette usine transforme à elle seule 36 % de la viande de bœuf consommée au Canada. Imaginez le choc sur la chaîne d’approvisionnement si ces problèmes devaient se répéter.

Et nous sommes directement dépendants de cette entreprise au Québec.

Son usine d’abattage de Guelph, en Ontario, fournit 60 % de la demande québécoise pour les épiceries, les boucheries et les restaurants. Et on vient d’y constater un premier cas d’infection à la COVID-19.

«C’est le pire des deux mondes», dit Jean-Sébastien Gascon, directeur-général de la Société des parcs d’engraissement du Québec, l’équivalent d’une Chambre de commerce pour la grande majorité des producteurs de bœuf du Québec.

Comme les abattoirs canadiens ne peuvent accepter le même volume de têtes de bétail qu’à l’accoutumée, les producteurs restent pris avec et les prix qu’on leur propose sont en chute. Mais, à l’inverse, les consommateurs vont payer plus cher, puisque le volume destiné aux boucheries et supermarchés sera forcément plus faible, alors que la demande, elle, ne faiblit pas.

De là les efforts des producteurs québécois pour mettre en valeur la marque Bœuf Québec, du bœuf produit ici et transformé ici. Ce partenariat regroupe quelque 70 éleveurs disséminés, de l’Abitibi jusqu’au Bas Saint-Laurent. Au moins trois d’entre eux sont situés dans le Sud-Ouest de Montréal.

Les ambitions des partenaires sont grandes, mais il faut rebâtir la filière. En 2008, quelque 200 000 animaux passaient par les abattoirs québécois. Ce chiffre a aujourd’hui chuté à moins de 100 000, en bonne partie parce que les quelques abattoirs qui subsistent ne suffisent plus à la tâche.

«Au Québec, nous produisons autant de porcs, de poulets et d’œufs dont nous avons besoin, dit Jean-Sébastien Gascon. Pourquoi ne pas travailler maintenant sur le bœuf?»

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