Les trois jeunes femmes l’ont échappé belle

Les trois jeunes femmes l’ont échappé belle
Jennifer Henry, Amélie-Anne et Élisa Robitaille, qui dormaient au moment où l'incendie s'est déclaré, ont raconté comment elles avaient vécu l'incendie. (Photo : (Photo Journal Saint-François - Pierre Langevin))

«Ça va faire du bien que les gens sachent ce qui s’est passé pour vrai. » Ce sont les premiers mots qu’a prononcés Amélie-Anne Robitaille, une des sinistrées qui logeaient en haut de Québec Pizzeria. Quatre jours après le feu qui a ravagé son appartement, plusieurs sentiments se confrontaient en elle et sa voisine Jennifer Henry, victimes collatérales de l’incendie criminel.

Le 14 décembre, vers 3 h 30, la jeune femme de 19 ans a été réveillée. Un peu plus tôt qu’à son heure habituelle. «J’ai toujours chaud la nuit, mais là je sentais une odeur de fumée, soutient-elle. Au début, je cherchais le feu, mais en allumant la lumière, j’ai constaté qu’il y avait trop de boucane. »

Celle qui travaille comme conseillère en santé et sécurité s’est rapidement mise en mode survie. Elle et sa sœur Élisa, 16 ans, qui dormait chez elle cette nuit-là, ont rapidement quitté.

Voici ce qui reste de la pizzeria et des logements situés sur le boulevard Hébert.
(Photo Journal Saint-François – Pierre Langevin)

Amélie-Anne a ensuite cogné sans ménagement à la porte de sa voisine pour la réveiller. «Chaque vie est importante, explique-t-elle. Jamais je n’allais laisser quelqu’un là. C’était un réflexe pour moi. » Jennifer Henry dormait à poings fermés. Mais en raison de l’empressement de sa voisine, elle a obtempéré. « Elle criait fort au moment où j’ai ouvert la porte et je l’ai donc suivie. »

Le trio de jeunes femmes a quitté l’immeuble. Une fois sorties, elles ont constaté l’ampleur. Digne d’un film d’horreur selon Amélie-Anne. Malgré tout, elle et sa voisine ont pris leur courage à deux mains pour retourner dans leur appartement pour chercher leur clef d’auto. Jennifer a aussi pu prendre quelques effets personnels puisque son chez-soi n’avait pas été touché encore.

Amélie-Anne a ensuite contacté les pompiers à 3 h 38. Les événements racontés plus haut se sont tous passés en un maximum de 10 minutes.

Jennifer Henry pointe l’endroit où se trouvait son appartement.
(Photo Journal Saint-François – Pierre Langevin)

Chercher de l’aide

Pendant que les trois femmes se dirigeaient à l’écart de la scène, Amélie-Anne et Élisa ont contacté leur mère. Celle-ci en panique a rapidement fait le trajet de l’Île-Perrot. «Ce n’est pas évident de recevoir un appel de ta fille qui demande de l’aide parce qu’elle est en feu, assure Mélanie Robitaille. Encore aujourd’hui, je ferme les yeux et je me dis que j’aurais pu perdre mes deux filles ce soir-là. »

Elles ont ensuite pris le chemin de l’hôpital. Elles ont patienté un certain moment. Les trois avaient inhalé beaucoup de fumée. Élisa souffrait d’étourdissements alors que son sang était plus foncé qu’à l’habitude.

À l’hôpital, un policier a dit à Amélie-Anne qu’un individu l’avait réveillée. Elle aurait même entendu que les pompiers ignoraient que des logements se trouvaient au-dessus du restaurant. «Ça m’a fâché», insiste-t-elle.

Tant Amélie-Anne que Jennifer ont reconnu avoir de la difficulté à dormir depuis les incidents. Le stress et l’angoisse ne s’estompent pas aussi facilement.

Mme Robitaille a aussi contacté la Croix-Rouge pour aider ses filles et Mme Henry. Elle a réussi à trouver un interlocuteur le lundi suivant, près de deux jours après le brasier. Les locataires ont eu droit à des montants de 230 $ pour se vêtir et 75 $ pour de la nourriture.

Recommencer à zéro

Les deux locataires ont tout perdu. (Photo Journal Saint-François – Pierre Langevin)

Tant Amélie-Anne que Jennifer profitaient de leur premier appartement. Un signe d’indépendance important pour elles. «J’étais fière, souligne Jennifer. J’avais meublé mon appartement à mon goût, j’avais travaillé fort pour ce que j’avais. On ne possédait pas d’assurances, parce qu’on n’avait pas les moyens. Là, on se fait dire qu’on a appris une bonne leçon. C’est blessant. Les commentaires des gens font mal. J’ai peur de me faire juger. »

Amélie-Anne vit également de la rage vis-à-vis le jugement auquel elle fait face. Les deux femmes évaluent leurs pertes à plusieurs milliers de dollars. Son père a mis sur pied une collecte de fonds afin de l’aider.

En ce moment, elles tentent de se relocaliser. Une épreuve difficile dans les circonstances. Mais l’épreuve les soude. «Je remercie Dieu d’avoir mis des bonnes personnes sur mon chemin», avoue Jennifer Henry. Ce à quoi, Mélanie Robitaille lui répond : «Tu fais partie de la famille maintenant. »

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