Actualités

OPINION - Où est le cœur de ma ville ?

le lundi 19 octobre 2020
Modifié à 14 h 07 min le 16 octobre 2020

J’en ai assez de toute cette grogne à propos de la carrière de La Prairie. Depuis plus d’un an, on met l’accent sur les conflits avec les citoyens mécontents, les poursuites, les désaccords. On se méfie des «grands méchants développeurs» et de leurs intérêts «purement capitalistes». On a peur de la densité urbaine dont peu sont ceux qui connaissent réellement une définition autre que les mots «tours à condos».

Quand avons-nous pris le temps de considérer l’ensemble de l’enjeu? De voir les besoins de la ville et les milliers d’options qui s’offrent à nous? J’aimerais mieux que tous travaillent ensemble à imaginer et construire une La Prairie plus prospère, attrayante, innovatrice, qui rendrait ses citoyens fiers. Pour ma part, depuis 2 ans, j’étudie le dossier du futur de la carrière dans une optique de développement durable urbain. Mes idées ont évolué bien qu’elles soient toujours soutenues par les mêmes valeurs. À ce jour, je ne crois pas que faire pousser une grande forêt dans cette carrière soit la meilleure option. Pas du tout en fait. On se bat tant pour faire pousser une forêt et on ne fait rien pour protéger les forêts qu’on a déjà!

Allez voir la ville de La Prairie sur Google Earth. Elle est entourée de nature. Mais devinez quoi? J’ai une grande forêt à un kilomètre de chez moi et elle n’est nullement accessible! Si on commençait par mettre en valeur nos milieux naturels, nous aurions moins le sentiment de perdre nos derniers bouts de nature en développant la carrière.

Et avez-vous entendu parler des projets de développement immobilier qui vont raser des milieux naturels à La Prairie et à St-Philippe? Les vrais milieux humides pour lesquels il faut se battre, ce sont ceux-là, de l’autre côté de la 30, pas dans la carrière. Qu’est ce qui est pire pour vous: ne pas laisser pousser une forêt au milieu d’une ville ou couper des forêts matures autour de celle-ci? Pour moi, la réponse est claire et c’est la deuxième. Choisissons nos batailles.

Soyons réalistes: une grande forêt au milieu de la ville ne renforcera pas l’économie locale, la connectivité entre les quartiers et les lieux d’intérêts, la mobilité durable, la cohésion sociale, l’attractivité des commerces ou l’empreinte écologique moyenne des habitants. De mon regard scientifique (en apprentissage), je crois qu’un aménagement urbain qui rendrait le mode de vie de 23 000 habitants plus écologique aurait plus d’impact sur l’environnement que 1km² de plus de forêt. Vide comme elle est, avec ou sans forêt, la carrière est un grand trou au centre de la ville. La Prairie a un trou béant dans son cœur. Ici, à la carrière de La Prairie, on a une opportunité énorme de créer tout un quartier, sur 10% de la zone urbaine de la ville, et ce à partir de zéro. On a l’opportunité de planifier, des années à l’avance, un milieu de vie avec une mixité, une architecture et un aménagement des plus innovateurs: un milieu de vie qui pourrait avoir un impact considérable sur la ville et même sur la région.

Où est le cœur de ma ville? Aujourd’hui, La Prairie est une ville dortoir, potentiellement une icône pour les adeptes d’urbanisme fonctionnaliste (la peste du design urbain). Ses artères commerciales sont laides et dangereuses pour les piétons. De mes jeunes yeux, j’ai vu tant de petites entreprises intéressantes tenter de s’y établir et devoir sitôt fermer leurs portes. Bref, pour le magasinage, ça ne se fait pas à LaPrairie. Avec ce design urbain exemplaire, c’est beaucoup plus simple d’aller s’amuser et acheter à Brossard: les rues sont conçues pour nous permettre de sortir facilement de la ville en voiture. Dites moi qu’on peut faire mieux, je vous en prie!

Pourtant, avant, La Prairie, c’était «LA PLACE». De ce que mon grand-papa Raymond m’a raconté, il n’y a pas si longtemps, La Prairie accueillait des industries, comme la bricade, qui employaient des milliers de travailleurs, faisaient vivre des milliers de familles. On allait danser, le soir, ou voir une course à la piste de chevaux. Il y avait de nombreux visiteurs et des commerces et hôtels pour les accueillir. La Prairie était vivante. Je crois que le développement de la carrière est une chance de redonner vie à La Prairie. Imaginez tout ce qu’il pourrait y avoir de mieux pour construire la société de demain. Que rêveriez vous d’avoir dans votre ville?

En terminant, j’invite tous les acteurs concernés à collaborer à développer un plan pour la carrière qui sera digne de ce que le Québec est capable de faire, soit en utilisant l’expertise que nous avons à notre portée. Commençons aujourd’hui à dessiner la société de demain.

Ps: J’aime ma ville.

Sabrina Désilets

La Prairie