Opinion

Plus de pouvoir au BEI : quelle sera la réaction des syndicats?

mercredi le 15 décembre 2021
Modifié à 10 h 04 min le 15 décembre 2021
Par Claude Poirier

Le 8 décembre, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a déposé le projet de loi 18 qui permettrait au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) d’enquêter automatiquement sur toutes les allégations de crime commis par les policiers. Il ne serait plus nécessaire de passer par le ministère de la Sécurité publique. À l’heure actuelle, le BEI intervient seulement s’il y a des blessures graves ou un décès, si un policier est accusé d’agression sexuelle ou si un plaignant est autochtone.

Je pense qu’il faut faire très attention. Depuis les dernières années, l’ennemi public no1 des policiers est devenu les réseaux sociaux. Une étude menée par la chercheuse Camille Flaubert auprès de policiers, et dont les résultats ont été dévoilés à la fin novembre par l’École nationale de police de Nicolet, démontre que beaucoup d’entre eux préfèrent regarder vers la gauche quand l’événement se déroule à droite parce qu’ils ne veulent pas être impliqués dans des incidents publics filmés.

Dans l’affaire du bar Dagobert à Québec, survenue au courant de la fin de semaine du 27 novembre et qui a mené à la suspension de cinq policiers, j’ai appris que la blessure à l’œil du jeune homme n’a pas été causée par l’intervention des policiers, mais à la suite d’une altercation à l’intérieur du bar. Seulement une partie de l’intervention policière est filmée; on ne voit pas tout.

Si, par exemple, un agent se fait cracher au visage à l’intérieur d’une résidence, qu’il arrête la personne et que celle-ci résiste à son arrestation, quelqu’un à l’extérieur peut filmer avec son téléphone intelligent et on ne verra pas ce qui s’est passé avant.

En ce qui concerne le BEI, son bilan est peu reluisant. Ses enquêtes traînent en longueur. On n’a qu’à penser à celle sur la fuite d’informations dans les médias dont le rapport n’est toujours pas déposé, celle ayant mené au départ du directeur de la Sûreté du Québec Martin Prud’homme et l’affaire Guy Ouellette. Imaginez maintenant si on ajoute au BEI tous les dossiers concernant des allégations envers des policiers comme le projet de loi 18 le veut.

Je n’ai jamais été un grand défenseur des policiers, bien que j’aie du respect pour leur profession, mais c’est un couteau à double tranchant. J’ai hâte de voir la réaction de leurs syndicats, qui vont sûrement s’y opposer.  

Mme Guilbault a dit que son projet de loi visait à redonner confiance aux citoyens en la déontologie policière. Ceux qui ont eu des problèmes avec les policiers ont rarement obtenu des réponses de la déontologie. Bonne chance à la ministre, car je ne crois pas que le BEI réussira.

 

Polytechnique, 32 ans plus tard

En terminant, j’aimerais souligner le 32e anniversaire de la tragédie de la Polytechnique survenue le 6 décembre 1989. Je me souviens encore de ce drame sans nom. J’ai été de ceux qui ont demandé une enquête publique à ce sujet, notamment sur la lenteur de l’intervention des policiers.

Toutefois, je crois qu’il faut cesser de comparer ce qui s’est passé dans cette école et les 17 féminicides commis en 2021. Dans le cas de ces derniers, ce sont des ex-conjoints qui ont tué ces femmes, tandis que dans le cas de la Polytechnique, le tueur Marc Lépine détestait les femmes.

10-4!

 

(Propos recueillis par Gravité Média)