Culture

Survivante de violence conjugale : sauvée par l’art

le mercredi 25 mai 2022
Modifié à 16 h 44 min le 25 mai 2022
Par Guillaume Gervais

ggervais@gravitemedia.com

Lorsqu’elle pratique son art, Nathalie Trottier laisse libre cours à son intuition. (Photo: Gracieuseté Amélie Picquette)

Afin de souligner les 10 ans de sa guérison, l’artiste-peintre Nathalie Trottier raconte comment sa passion pour l’art lui a permis de renaître après avoir vécu 25 ans dans une dynamique de violence conjugale.

La Laprairienne «transpire le bonheur», confie-t-elle.  

«Si tu m’avais dit il y a 10 ans que je m’en sortirais, je ne me serais pas vue où je suis maintenant, indique-t-elle. Je suis fière d’où je suis rendue.»

En 2012, elle a été admise pour une 8e fois à la maison d’hébergement d’urgence L’Égide à La Prairie, qui l’a aidée à reprendre confiance. À cet endroit, elle a participé à une médiation culturelle où elle dit avoir «reconnecté avec la créativité».

«J’y suis restée 10 mois. Je n’avais plus rien. Émotionnellement, j’avais besoin d’aide. J’ai pu me rebâtir mentalement et physiquement. J’en suis ressortie plus forte», expliquait-elle au Journal en 2016.

Aujourd’hui, elle dit aller de l’avant et a même pardonné à son ex-conjoint.

«L’art a vraiment fait une différence dans mon parcours, estime-t-elle. Ça m’a permis de reprendre le contrôle sur ma vie. Je veux montrer qu’il est possible de s’en sortir même après être prise 25 ans là-dedans.»

Mme Trottier a même constaté un changement dans la pratique de son art, la peinture. Sa palette de couleurs s’est transformée au fil des années.

«Après ma séparation, je peignais beaucoup le noir, le gris et le rouge, mais maintenant je vais plus dans les couleurs douces comme le bleu, le blanc et les couleurs pastels», explique-t-elle.

Devant son chevalet, celle qui pratique l’art abstrait se sent dans son élément.

«Je pars toujours avec l’idée que je vais peindre comment je me sens, décrit-elle. Lorsque je peins, je suis dans un bien-être, un laisser-aller et je mets de la musique.»

Porte-parole

La survivante donne maintenant des conférences dans les écoles et dans des milieux de travail pour faire part de sa douloureuse expérience. Récemment, elle a été invitée par la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) pour raconter son histoire. Dans une salle remplie en grande majorité d’hommes, elle a été agréablement surprise de l’intérêt de ces derniers.

«Les trois quarts des questions que j’ai reçues ont été posés par des hommes. Certains sont venus me voir et m’ont expliqué avoir été témoins de violence conjugale étant enfant. Un autre m’a dit qu’il était violent auparavant et qu’il était fier d’avoir changé.»

D’ailleurs, elle salue leur franchise.

«L’ouverture des hommes est importante, puisque nous avons besoin qu’ils soient nos alliés et qu’ils soient sensibilisés que la violence conjugale touche tout le monde», soutient-elle.

«Je me dis que je ne fais pas ça pour rien. Que les gens me fassent confiance, c’est que mon message a passé et a réussi à les faire comprendre certaines choses.»

-Nathalie Trottier, survivante et artiste-peintre

Mme Trottier est également porte-parole de l’organisme Transit Secours qui offre des services d’entreposage et de déménagement gratuits et sécuritaires aux personnes qui quittent un milieu violent.

Malgré son passé, la femme dans la cinquantaine ne se voyait pas célibataire jusqu’à la fin de ses jours. Elle a un amoureux depuis maintenant six ans.

«[Si j’étais restée célibataire], c’était comme lui laisser encore l’emprise qu’il avait sur moi, explique-t-elle. Avant de se remettre en couple, il faut apprendre à se connaître, à s’aimer, à s’accepter et à se respecter soi-même.»

«Revivre l’amour, ça fait du bien», renchérit-elle.

Elle a d’ailleurs organisé un vernissage, le 13 mai, et a ramassé 2 000$ pour l’organisme Transit Secours qui permettront de réaliser 10 déménagements pour les victimes dans le besoin.

Données

L’organisme SOS violence conjugale, service de première ligne pour les victimes et leurs proches, estime avoir reçu 7 000 appels de plus en 2020-2021 qu’en 2019-2020, selon le Conseil du statut de la femme. Le nombre a atteint 200 signalements par jour, alors que la moyenne se situait à 90 en 2019.

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