Témoins de la crise d’Octobre : «Cette fois-ci, on se bat contre un ennemi invisible»

Par Vicky Girard
Témoins de la crise d’Octobre : «Cette fois-ci, on se bat contre un ennemi invisible»
La mairesse de Sainte-Catherine, Jocelyne Bates. (Photo : Le Reflet - Denis Germain)

Le premier ministre du Québec François Legault a qualifié ses nouvelles mesures sanitaires de traitement-choc pour freiner la propagation de la COVID-19. Certains ont tracé un parallèle avec celles adoptées lors de la crise d’Octobre en 1970, bien que les autorités de l’époque n’aient pas eu recours au couvre-feu. Des acteurs de la région les ayant vécues témoignent de ces deux crises. 

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La mairesse de Sainte-Catherine, Jocelyne Bates, se souvient de cette période et des mesures qui étaient en vigueur. Pour elle, l’essentiel de la distinction à faire entre cette crise et celle qui nous touche présentement est l’ennemi.

«On faisait face à des gens qui s’attaquaient au gouvernement. Ils ne s’attaquaient pas aux citoyens. Ç’a n’a pas le même impact», dit-elle.

Mme Bates se souvient que l’inquiétude il y a 50 ans était davantage sur le plan politique et que les élus municipaux n’étaient pas tellement concernés.

Avec la pandémie toutefois, elle est d’avis que le danger est beaucoup plus préoccupant.

«On fait affaire à un virus qui est virulent et c’est difficile pour absolument tout le monde. Il n’y a pas de débat à avoir cette fois-ci. Ça touche toutes les sphères et surtout, le monde entier», exprime-t-elle.

Le chroniqueur judiciaire Claude Poirier, qui a également vécu la crise d’Octobre, abonde dans le même sens.

 

«Les mesures à cette époque visaient à donner des pouvoirs aux policiers afin qu’ils puissent perquisitionner et arrêter des individus membres du Front de libération du Québec (FLQ) quand deux ministres ont été enlevés. Alors que présentement, on se bat contre une menace qu’on ne connaît pas. Les policiers n’auront jamais les mêmes pouvoirs en raison d’une pandémie. Ça ne se compare pas», insiste-t-il.

Jeune maman à l’époque, Ghislaine Nivose s’est installée à Candiac l’année suivante en 1971, lors d’un déménagement particulièrement stressant, raconte-t-elle.

La dame de 77 ans garde peu de souvenirs des mesures mises en place, mais elle n’a pas oublié le climat de consternation qui régnait dans la province.

«Quand tu es une nouvelle mère, tes enfants sont ta priorité. Mais je me rappellerai toujours que mes parents répétaient souvent que ça ressemblait à la guerre. La Gendarmerie royale canadienne (GRC) faisait de la surveillance dans notre quartier à Candiac, puisqu’un procureur de la Couronne y habitait», relate celle qui souligne aussi le caractère planétaire de la pandémie pour différencier les deux crises.

L’infirmière de formation et veuve d’un médecin rappelle qu’elle ne pourrait être plus au fait de l’importance de respecter les mesures pour endiguer le virus.

«Là, le virus s’en prend à tout le monde. Il ne fait pas de différence, que tu sois un ministre, un enfant ou un élu.» -Jocelyne Bates, mairesse de Sainte-Catherine

«Les règles de base de la contamination, je les connais! Il est vrai qu’il s’agit d’un ennemi invisible», renchérit la mère de quatre enfants et grand-mère de neuf petits-enfants.

«Pour leur sécurité et la mienne, ils ne me visitent pas. Ils m’ont envoyé des bisous par la main à travers la fenêtre de leur voiture pendant les Fêtes», raconte la Candiacoise qui a vécu sereinement le premier confinement et qui a l’intention d’en faire de même pour le second.

Du jamais vu en 30 ans

Mairesse de Sainte-Catherine depuis 1994, Mme Bates n’hésite pas une seconde à dire qu’elle n’a rien connu qui se compare à la crise sanitaire vécue par les citoyens présentement. Elle remarque que les confinements affectent leur santé mentale et que le couvre-feu vient ajouter un poids sur leurs épaules. Le plus éprouvant pour celle qui dit aimer le contact humain est de ne plus y avoir accès depuis des mois.

C’est d’autant plus difficile, puisque la Ville tente tant bien que mal d’organiser des activités pour remonter le moral des résidents, mais que celles-ci doivent sans cesse être annulées ou modifiées.

«On fait toutes les démarches pour appliquer les règles et oups, tout d’un coup, il faut tout revoir pour ce qui avait lieu le soir cet hiver. On fait des pieds et des mains pour garder notre monde en santé, mais on doit toujours reculer», affirme-t-elle.

Présidente de la Fondation Hélène-Sentenne pour les arts à Candiac, Mme Nivose a pour sa part vu sa programmation être chamboulée. Seule une exposition a pu être mise en place pendant un mois.

Se disant néanmoins optimiste pour l’avenir de l’organisation, elle fait remarquer avec une pointe d’humour «qu’il n’y a rien d’autre à faire que d’attendre».

«Les artistes ont été compréhensifs et je les en remercie», conclut-elle.

(Avec Audrey Leduc-Brodeur)

La solution adéquate ?

En ce qui a trait au couvre-feu instauré par le gouvernement depuis le 9 janvier, Jocelyne Bates ne croit pas qu’il s’agit d’une mesure qui vise la bonne cible.

«Je sais pertinemment que la majorité des gens respectent les consignes et font des efforts énormes depuis mars. Ce sont eux qui sont pénalisés en bout de ligne», déplore-t-elle.

Selon la mairesse, les efforts du gouvernement auraient dû être investis pour accélérer la vaccination et «trouver des façons de vivre avec le virus qui restera là longtemps et risque de se développer différemment».

 

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