Un organisme craint que les aînés soient oubliés durant la deuxième vague

Par Vicky Girard
Un organisme craint que les aînés soient oubliés durant la deuxième vague
Aînés. (Photo : Pixabay)

Près de 300 membres de la Maison des aînés de La Prairie s’étaient inscrits à des activités, organisées dans le respect des consignes sanitaires, qui devaient débuter le 5 octobre. Ils patientaient depuis le printemps pour renouer avec leurs amis et leurs loisirs. Puis, le gouvernement a décrété le 30 septembre que ça ne pourrait pas avoir lieu.

«La lumière qui s’était rallumée dans leurs yeux s’est éteinte de nouveau», laisse tomber Suzanne Dumouchel, directrice de l’organisme communautaire.

Elle confie avoir été surprise qu’autant de membres – 280 sur 630 – se soient déplacés pour s’inscrire aux activités comme les cours de peinture, d’espagnol, les ateliers d’écriture de mémoires, de théâtre, de tai-chi et des activités physiques comme le club de marche.

«Ils étaient tellement contents de se voir et de prendre des nouvelles. Avec le masque, certains ne se reconnaissaient pas, c’était cocasse», raconte Mme Dumouchel.

Alors que le sort des aînés seuls et l’importance d’en prendre soin étaient mis de l’avant lors de la première vague de la pandémie, la directrice de la Maison des aînés reconnaît être inquiète que ce discours soit moins présent maintenant.

De leur côté, les bénévoles de l’organisme communautaire travaillaient depuis août sur la programmation, en considérant un nombre diminué de participants, la distanciation sociale et la grandeur des locaux où tenir les activités.

Garder le lien

Le défi et l’objectif premier de la Maison des aînés est de garder le lien avec ses membres, dont l’âge moyen est de 72 ans.

«Il faut dire qu’une peur s’est installée. Il y en a beaucoup qui craignent de sortir. On fait tout ce qu’on peut pour garder le contact avec eux», laisse savoir Mme Dumouchel. Tout au long du confinement et même après, l’organisme envoyait des courriels, des poèmes et échangeait avec ses membres.

À l’Action de grâce, par exemple, des recettes de croustade aux pommes ont été échangées et les aînés étaient encouragés à cuisiner et à partager leur dessert avec un voisin.

Néanmoins, puisque beaucoup sont seuls, Mme Dumouchel constate et craint qu’ils abandonnent.

«Ils nous disent que pendant le confinement, ils ont fait des activités pendant une semaine et qu’après, ils n’avaient plus de motivation. Même pour marcher avec quelqu’un, alors que c’est permis», déplore-t-elle.

Le club de marche leur aurait permis de se rejoindre, de s’étirer ensemble et de discuter, estime Mme Dumouchel. Les membres se préparaient également à fabriquer toutes sortes de choses pour le marché de Noël, à tricoter des couvertures pour les refuges d’animaux et des tuques pour bébés prématurés comme ils ont l’habitude de le faire. Sans ces raisons, la motivation n’est pas au rendez-vous. L’organisme pense à donner les confections aux guignolées, entre autres, pour que les membres «se sentent utiles».

Elle dit tout de même être rassurée lorsque les bénévoles reçoivent des réponses à leurs messages.

«J’ai des gens qui disent que c’est une bouffée d’air frais. Ça me surprend et ça me rend émotive quand ils nous disent qu’on est leurs anges, que nos courriels les sauvent. On réalise à quel point ils sont vulnérables», dit-elle.

Mme Dumouchel se souvient du 30 septembre, lorsque l’annonce des nouvelles fermetures durant 28 jours est tombée.

«On était réunis pour une réunion du conseil d’administration et on voyait des gens dehors en groupe qui ne gardaient pas leur distance et certains disaient que tout s’arrêtait à cause d’eux», relate-t-elle avec une pointe de tristesse dans la voix.

Ressources

En mai, la Maison des aînés confiait au Reflet qu’elle ne craignait pas de manquer de ressources. Elle bénéficie du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC). Néanmoins, présentement, sans la pièce de théâtre ou le marché de Noël qui rapportent des fonds considérables annuellement, ce sera plus difficile, laisse savoir la directrice Suzanne Dumouchel. Celle-ci reçoit toutefois des dons, de laine par exemple, et compte les distribuer aux membres à la maison. Cela lui permet de poursuivre sa mission à un certain niveau.

 

Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires