Un organisme peine à loger des personnes en situation d’itinérance dans la région

Par Vicky Girard
Un organisme peine à loger des personnes en situation d’itinérance dans la région
Les personnes en situation d’itinérance sont de tous âges, selon l’organisme l’Élan des jeunes qui contribue au Projet vers un chez soi. (Photo : Pixabay)

La Stratégie canadienne de lutte à l’itinérance (SCLI) qui chapeaute le Projet vers un chez soi sonne l’alarme dans la MRC de Roussillon. À l’approche de l’hiver, elle en appelle à la collaboration de propriétaires alors que 16 personnes sont sur une liste d’attente qui ne cesse de s’allonger afin de trouver un logis.

Marie-Pier Gendron, directrice générale de l’organisme d’hébergement L’élan des jeunes à Châteauguay, gère la SCLI sur le territoire de la MRC. Elle explique que l’itinérance dans la région n’est pas celle qu’on connaît, par exemple, à Montréal.

«C’est la plus grosse problématique qu’on rencontre quand on parle d’itinérance en Montérégie, dit-elle. Les gens croient que ça n’existe pas, mais c’est plus de l’itinérance cachée. On va parler de gens qui vont squatter chez d’autres ou qui, par exemple, ont de la difficulté à garder un logement.»

Mme Gendron indique que dans plusieurs cas, ces gens ont perdu leurs papiers d’identité et n’arrivent pas à se trouver un emploi ou à retourner à l’école. Le Projet vers un chez soi, qui existe depuis cinq ans, les aide d’abord à trouver un endroit où vivre, puis «tout le reste découle». Les intervenants assurent un suivi auprès de ceux qu’ils soutiennent pendant deux ans à partir du moment où ils trouvent un logement.

«Est-ce qu’on a des itinérants de bancs de parc comme à Montréal? Oui, il y en a, mais beaucoup moins. Ici, c’est de l’itinérance invisible.»

-Marie-Pier Gendron, directrice générale de L’élan des jeunes

Enjeux

Le financement et les intervenants ne manquent pas pour le bon fonctionnement du projet, selon Mme Gendron. Elle déplore toutefois qu’il n’y ait pas de logements disponibles et que les propriétaires ne donnent pas leur chance aux gens en situation d’itinérance, puisqu’ils sont stigmatisés.

«Pourtant, on aide à payer le loyer et les dédommagements si quelque chose se passe. On est même là pour les propriétaires», soutient-elle.

Mme Gendron constate que le prix des loyers est aussi très élevé.

«S’il y en a un qui devient disponible à 800$ ou 900$, c’est tellement une denrée rare que tout le monde saute dessus et les propriétaires filtrent les candidatures», laisse-t-elle tomber.

Elle raconte que les intervenants qui font des appels pour trouver des domiciles se font raccrocher la ligne au nez par des propriétaires. Ceux-ci disent qu’ils n’accepteraient jamais «des gens fuckés comme ça», témoigne Mme Gendron.

«C’est vrai qu’il y en a [des personnes qui étaient en situation d’itinérance] qui ont fait des dommages dans des logements. Mais s’ils n’ont jamais de chance, ils ne pourront jamais se prendre en main. On ne demande pas de baisser le prix des loyers, on demande seulement de la collaboration», exprime-t-elle.

La pandémie a fait augmenter l’itinérance en Montérégie, estime-t-elle, malgré qu’elle ne puisse chiffrer la situation. La crise du logement a été accentuée par la pandémie, puisque beaucoup de gens se sont retrouvés sans emploi, fait valoir Mme Gendron. Ainsi, elle confie avoir vu des individus qui faisaient 40 000$ par année qui, du jour au lendemain, ne pouvaient plus subvenir à leurs besoins.

«Ça s’explique par le fait que les logements coûtent maintenant 1 000$ par mois. Ça ne fait aucun sens quand tu es seul et que c’est la moitié de ton revenu mensuel», fait remarquer Mme Gendron.

Elle renchérit en témoignant que demander de l’aide dans ce contexte est difficile pour beaucoup de personnes. L’aide a été moins présente pendant la pandémie également à son avis, puisque les ressources manquent dans tous les domaines.

Subventions

Le Projet vers un chez soi est une initiative du gouvernement fédéral. Grâce au financement gouvernemental, une partie du loyer est payée. Les participants au projet déboursent 25% de leur revenu pour se loger. Cela représente environ 3 000$ par mois pour l’organisme qui paie la différence. Ce dernier offre également une première épicerie à ceux qu’il aide et achète des meubles grâce à des partenaires. Présentement, les fonds sont là pour loger la quinzaine de personnes en attente, mais il n’y a aucun endroit pour eux. Certains attendent depuis un an et demi. Au total, 75 personnes depuis le début du projet ont réussi à trouver un emploi, à entreprendre des études ou à être acceptés dans un programme d’employabilité grâce à l’accompagnement offert après s’être trouvé un domicile fixe.

Bilan

En cinq ans, dans la MRC de Roussillon, le Projet vers un chez soi a permis de loger 53 personnes. De ceux-ci, au moins 35 sont encore en logement aujourd’hui, souligne Marie-Pier Gendron.

 

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Une chandelle à sa fenêtre en soutien aux sans-abris - Le Reflet
1 mois

[…] Selon l’organisme de lutte contre l’itinérance L’élan des jeunes, des personnes peinent à se loger dans la MRC de Roussillon en raison de la flambée des prix des loyers, notamment. Dans la province, ils sont plus de 200 d’après l’organisation de la Nuit des sans-abris. […]