Une étude confirme un important sous-financement de la culture en Montérégie

Par Ali Dostie
Une étude confirme un important sous-financement de la culture en Montérégie
(Photo : Depositphotos)

Certaines données de l’étude L’importance du secteur culturel en Montérégie ont de quoi enthousiasmer Culture Montérégie : diversité et stabilité du nombre d’emplois ainsi que retombées économiques du secteur culturel de 427 M$. Des quelques ombres au tableau, l’organisme s’inquiète du sous-financement du milieu, qui agit comme un frein au développement culturel, croit-il.

Culture Montérégie a mandaté la firme KPMG pour réaliser un portrait du secteur culturel en Montérégie et détailler son importance pour l’économie. «On veut créer un pont entre les milieux culturels, touristique et des affaires, mais nous n’avions pas de données sur les retombées de la culture», explique la directrice générale Nancy Bélanger.

Cruel sous-financement

De 2009 à 2018, les montants dédiés au secteur culturel en Montérégie par le provincial ont légèrement augmenté, à raison d’une croissance annuelle moyenne de 2%.

Nancy Bélanger, directrice générale de Culture Montérégie

«Il faut se réjouir du chemin parcouru, mais il reste un grand pas à faire», juge Mme Bélanger.

Les données lui donnent raison. La région se trouve en queue de peloton quant aux dépenses en culture par l’administration publique par habitant. En 2017, celles-ci s’élevaient à 24$ par habitant en Montérégie, loin derrière la moyenne québécoise… de 203$.

Pour Mme Bélanger, il est urgent de travailler à rétablir un équilibre, d’autant plus que la population de la Montérégie est en croissance.

«On risque de se retrouver avec un 24$ qui fond comme peau de chagrin. Il y a un éveil à faire sur ce sous-financement. L’argent demeure le nerf de la guerre», soutient-elle.

427 M$ en retombées

Il importe donc de corriger le sous-financement, d’autant plus que les investissements en culture rapportent, met de l’avant Mme Bélanger.

Les retombées économiques de la culture sont évaluées à 427 M$ en 2019, dont 329 M$ profitent à la région.

Par ailleurs, le nombre d’emplois du secteur culturel est demeuré stable au cours des dernières années. Le milieu culturel crée 5 215 emplois directs et 2 088 emplois indirects.

Forte attraction de Montréal

La Montérégie occupe 8% de l’emploi en culture au Québec. Or, elle compte pour 15% de l’emploi, tous domaines confondus, dans la province.

Cet écart met en lumière les nombreux habitants de la région qui traversent le pont pour travailler. Car si cette réalité s’applique à divers types d’emplois (27% des Montérégiens travaillent en dehors de la région), la tendance est encore plus forte en culture (71%).

«C’est un exode de nos cerveaux créatifs. On perd cette expertise. Ça signifie que les travailleurs ont de la difficulté à se trouver un emploi ici. C’est dramatique.»

-Nancy Bélanger, directrice générale de Culture Montérégie

Une partie de la solution réside selon elle dans la professionnalisation des artistes, ce qui passe par l’accès à des lieux d’exposition, des centres de création, des ateliers d’artistes.

«Pour obtenir le statut de professionnel, les artistes doivent avoir été publiés par des organismes reconnus, soutient-elle. S’il n’y en a pas, ils vont aller à Montréal.»

Transition numérique et pandémie

Le rapport a aussi mis en évidence les enjeux liés à la transformation numérique. La majorité des répondants à un sondage sur la question se disent impactés et mal outillés pour soutenir cette transition vers le numérique. Près du tiers envisagent de transformer leur modèle d’affaires, et 15% l’ont fait.

À cela s’ajoute la pandémie et ses mesures sanitaires, qui ont porté un dur coup au milieu culturel. Selon un sondage effectué en août et septembre 2020, 31% des acteurs du milieu culturel qualifient de «mauvaise» leur santé financière, alors qu’aucun ne posait ce constat avant la pandémie.

Une proportion de 44% la juge «plutôt bonne».

Pas qu’une question d’argent

Selon Nancy Bélanger, il y a un «gros travail à faire» pour développer une identité régionale forte et ainsi renforcer le secteur culturel. Cette identité passe notamment par l’agrotourisme et le patrimoine bâti; deux secteurs forts de la région.

La création de grands événements porteurs peut aussi contribuer à renforcer le secteur culturel.

Nancy Bélanger souhaite également que le milieu culturel, qui participe à la dynamique économique de la région, soit invité autour de la table lorsqu’il est question d’autres enjeux, tels l’aménagement du territoire ou encore le transport collectif.

«La culture se doit d’être un interlocuteur important», conclut-elle.

 

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