Sports

Vers un retour dans le ring au Mexique après plus d’un an en pause

mercredi le 19 mai 2021
Modifié à 15 h 01 min le 10 juin 2021
Par Vicky Girard

Le Reflet - Denis Germain

Le 12 mars 2020, la boxeuse Martine Vallières-Bisson était à un pas de se battre pour une troisième victoire chez les professionnels. Tout juste après la pesée la veille, elle apprenait que l’événement était annulé en raison de la pandémie. Si elle s’est sentie K.O. à certains moments, l’athlète s’est accrochée en s’entraînant pour un éventuel combat. Chose qui se produira le 4 juin au Mexique.

Le combat n’est toutefois pas gagné. Avant de pouvoir monter dans le ring, la femme de 36 ans doit amasser des fonds s’élevant à plus de 11 000$ afin d’acheter son inscription, de payer son billet d’avion et celui de son entraîneur, puis l’hôtel et des repas ainsi que des dépenses rattachées au dépistage de la COVID-19 et de la quarantaine au retour pour deux personnes.

«Étant donné que je n’ai pas de promoteur, je dois défrayer les coûts. J’ai donc lancé une campagne pour avoir de l’aide», précise-t-elle.

En date du 18 mai, environ 43% de son objectif était atteint. Si l’athlète n’amasse pas le montant d’ici le 30 mai sur la plateforme Makeachamp.com, elle compte compenser avec son argent et absorbé les pertes financières. Si tout fonctionne, la résidente de Longueuil vivra son premier combat à l’international.

Si elle veut rester active en tant que boxeuse professionnelle, elle doit se battre, soutient-elle.

Entraînement

L’athlète a procédé comme si elle s’était battue en mars. Elle a pris une semaine de pause, s’avouant ébranlée émotivement.

«Après cela, j’ai recommencé un nouveau cycle d’entraînement musculaire. Malgré la pandémie, mon préparateur physique s’est bien occupé de moi. Il y a eu des moments où j’avais le droit de m’entraîner un à un. Étant boxeuse professionnelle, j’avais aussi certains privilèges pour le faire dans un gym», explique celle qui a aussi eu le soutien d’une psychologue sportive.

Néanmoins, elle s’est retrouvée majoritairement à devoir entretenir sa forme physique et mentale à l’extérieur sans équipement.

«Je me suis arrangée avec les moyens que j’avais, mais je n’ai pas arrêté. Je me suis fait un petit camp d’entraînement alimentaire. Je suis restée prête et j’ai puisé à l’intérieur de moi», affirme-t-elle fièrement. Elle ne cache pas que la motivation était plus difficile à trouver, sans combat à venir. À deux reprises dans les 15 derniers mois, des événements ont été ajoutés à son agenda, mais ont été annulés devant trop d’obstacles.

«La COVID-19 a peut-être ralenti mes plans de carrière, mais elle ne m’arrêtera pas!» -Martine Vallières-Bisson

«C’était décourageant. Je suis super motivée. La boxe fait partie de mon ADN et c’est mon mode de vie, mais c’était difficile de ne pas avoir un cadre régulier pour me motiver», partage Mme Vallières-Bisson.

Partage

L’entraîneure de boxe féminine au Gladiateur Gym à La Prairie a aussi vécu avec le manque de partager sa passion pour le sport, étant donné que les centres ont tous fermé. Mme Vallières-Bisson constate que la période de pause a été éprouvante pour celles qui s’entraînent de façon récréative. Elle s’est néanmoins assurée de les garder motivées virtuellement.

«Je m’adapte à la technologie et je ne suis pas pire, blague-t-elle. Je leur lançais des défis. Une femme s’est mise à la course et une autre boxait dans son garage avec sa fille. C’est important la transmission d’un mode de vie axé sur l’activité physique. On s’en est rendu compte», estime-t-elle.

Dans les écoles, ses activités ont aussi été freinées. «Je coach du parascolaire et c’était super complexe, c’était au compte-gouttes selon les directives du gouvernement», ajoute l’athlète. L’aspect financier est ainsi un autre défi auquel a fait face Mme Vallières-Bisson durant la pandémie.

En février, elle a dû retourner à son emploi d’éducatrice en CPE qu’elle avait quitté il y a cinq ans.

«Je suis déjà dans une situation précaire en tant qu’athlète professionnelle. Je ne vis pas de mon sport. Sans les gyms et le parascolaire, je n’avais plus de revenu», confie-t-elle.

Cela rend les journées épuisantes, avec deux entraînements quotidiens et le travail, admet-elle.

«On tient beaucoup de choses pour acquises. Quand une situation comme cela arrive, on réalise qu’on est plus résilient et fort qu’on pense», reconnaît l’athlète.

Hommage à Chantal Lippé 

Martine Vallières-Bisson garantit qu’elle aura avec elle la force de Chantal Lippé, décédée tragiquement dans un incendie en février. «Je l’ai dit peu de temps après que ce soit arrivé, que clairement mon prochain combat serait en son honneur», partage-t-elle. Celle qui a été une des femmes précurseurs à titre d’entraineuse de boxe la soutenait.

«Je me souviens de nos dernières conversations. Chantal le disait que j’allais être une des prochaines à me battre au Mexique. Elle avait tellement hâte que ça se passe pour moi», relate Mme Vallières-Bisson. L’athlète se souvient avec émotions de son premier combat au Centre Bell où Mme Lippé était présente.

«Je l’entends encore crier pour m'encourager. Je me rappelle exactement à quel moment, où j’étais dans le ring et ce qu'elle me disait, raconte-t-elle avec un trémolo dans la voix. Je l’aime d’amour et je la sens avec moi.»

Ses assauts, crochets et jabs seront également donnés en pensant à l’une de ses grandes amies, Odile Letellier, qui se bat contre le cancer.

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