Opinion

Une autre prédiction… à prendre avec un grain de sel

vendredi le 27 mai 2022
Modifié à 14 h 55 min le 01 juin 2022
Par René Vézina

redactiongm@gravitemedia.com

Il y a deux semaines, en pleine effervescence boursière, avec des indices en chute libre, je suggérais humblement de ne pas céder à la panique tout en signalant que personne ne peut prédire l’avenir. Mais je disais aussi qu’il y a des gens qui ne pouvaient pas attendre patiemment que la situation se rétablisse.

À supposer qu’on ait besoin de fonds sans tarder, malgré que les pertes soient virtuelles tant qu’on ne vend pas, mieux valait récupérer ses billes et passer à autre chose.

Vous savez quoi? So far so good, comme diraient les anglophones. Les marchés ont fini par se redresser la semaine dernière. Est-ce le signal d’une véritable remontée? «La prédiction est un art difficile, surtout quand elle concerne l’avenir», disait l’humoriste français Pierre Dac. Bien d’accord avec lui.

Ceci dit, il nous arrive d’autres indications qui signalent que, pour la plupart des gens, c’est plus une augmentation qu’une baisse qui les préoccupe. Augmentation, comme la hausse brutale du prix des aliments.

La firme Angus Reid vient tout juste de présenter les résultats d’un sondage pancanadien auprès de 1992 adultes qui montre à quel point c’est devenu un enjeu au jour le jour. Près d’une personne sur deux – 49% des répondants – ont déclaré avoir de la difficulté à joindre les deux bouts pour nourrir leur famille! En mars, il n’y a pas si longtemps, le taux état de 41%.

Autrement dit, cette poussée en flèche du prix de la nourriture, près de 10% sur un an, selon Statistique Canada, vient sérieusement grever le porte-monnaie des individus et des familles.

Est-ce que ça empirer? Malgré la mise en garde que je vous ai présentée plus haut, sur les risques liés aux prédictions, je me lance: non.

Nous payons plus cher pour les aliments pour une tonne de raisons: l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui met à mal deux des plus importants producteurs de blé au monde; la hausse subséquente des prix du pétrole qui se répercute sur toute la chaîne d’approvisionnement; les ravages de la Covid qui ont ralenti le commerce international; des sursauts climatiques qui ont fait mal aux producteurs de denrées, comme dans l’Ouest canadien; le manque de main-d’œuvre dans les champs. Et vous pouvez en ajouter d’autres.

En langage économique, ce sont là, en partie, des facteurs conjoncturels, autrement dit, qui dépendent du contexte immédiat. On peut espérer que les ambitions guerrières de la Russie vont finir par s’estomper. On peut aussi imaginer que la Covid ne pèsera plus aussi lourdement sur les échanges internationaux. Et se croiser les doigts pour que le gouvernement fédéral finisse par assouplir les règles qui limitent toujours l’entrée au pays des travailleurs étrangers temporaires dont nos producteurs agricoles ont tellement besoin.

Est-ce donc que la facture au supermarché va baisser? Pas sûr. Est-ce qu’elle va continuer à grimper vers la stratosphère? Probablement pas. Cette hausse de prix va atteindre un plateau. C’est, je l’admets, une mince consolation.