À propos de la loi 62 sur la «neutralité religieuse»

Je m’appelle Islam. Évidemment, je suis musulman. Pourtant, je suis né ici, j’ai grandi ici, j’ai complété mes études ici, je travaille ici, j’ai eu mes enfants ici. Je n’ai jamais eu à exprimer mon mécontentement face à une décision politique auparavant. Par contre, lorsqu’on s’acharne à dérober l’expression de soi et cibler une minorité, surtout lorsque cette décision a des ramifications pour ma famille (mon épouse porte le niqab), je ne peux retenir mon silence. Mon désarroi est face à la loi 62, celle qui cible des femmes, musulmanes portant le niqab ou le chador.

D’abord, je suis un produit du système d’éducation québécois et les valeurs promues sont de grande qualité; des attitudes de respect, d’ouverture, de tolérance et de solidarité. Même aujourd’hui, mes enfants fréquentent une école publique et les valeurs véhiculées demeurent les mêmes. Voici un extrait de texte que mon garçon avait à lire: «Grâce aux différences, il se crée des choses. Il se crée du mouvement, de l’énergie. Chez les humains aussi. Grâce aux différences entre humains, on crée, on invente, on apprend, on        s’améliore.»

Je suis ravi que mes garçons apprennent ces valeurs à l’école, mais je suis bouche bée que ce soit les enfants qui fassent la leçon aux adultes dans la société québécoise.

Le plus aberrant de cette loi est que le gouvernement soutient que cette loi est basée sur l’égalité. Comment affirmer cela lorsqu’on exclut une partie de la population?

L’égalité est basée sur le rapport entre individus qui sont égaux en droits et obligations. Le gouvernement fait un excellent travail sur la facette des obligations et interdictions, mais omet d’inclure les droits. Que diriez-vous si un politicien déclarait qu’une  personne d’orientation homosexuelle n’avait pas le droit de fréquenter l’école? C’est impensable! Pourtant, ce sont les ramifications de cette loi pour certaines musulmanes. Viser quelques centaines de femmes se résume à être une cible facile; un risque calculé pour courailler certains votes.

Selon Stéphanie Vallée, ministre de la Justice, «une majorité de québécois appuient cette loi…» Depuis quand on se base sur la majorité pour protéger les droits et libertés de minorités? C’est normalement le contraire qui est logique. Je suggère à Mme Vallée (et à tous) de lire la charte des droits et libertés de la personne.

Là, j’entends les Dutrizac, les Benhabib et Lamoureux de ce monde intervenir pour dire que ces femmes sont marginalisées par leur époux et que cette loi va les libérer… Dans une société libre, ces femmes décident volontairement de porter ce type d’habillement, elles le font par choix et conviction religieuse; d’où elles seront contraintes à choisir entre leur foi et l’inclusion, beau dilemme!

Un autre argument à la mode: «Oui, mais si on était dans d’autres pays, on devrait se conformer.». Mais quel enfantillage! On dirait deux petites filles qui s’accusent d’avoir commencée. Ce n’est pas parce qu’une chose est faite ailleurs que ça la rend bien. Où est le standard moral du Québec?

Ce n’est pas la majorité qui est pour le niqab ou le chador, mais être pour interdire qu’une femme ait le choix va à l’encontre des droits intrinsèques de la personne ainsi que le principe de tolérance.

Mon vécu m’a permis de constater que la tolérance ça s’apprend et que l’intolérance, ça se propage. La tolérance est fondée sur le respect des différences, tandis que l’intolérance repose sur la crainte et la division. La tolérance émane d’une confiance en soi, être capable de supporter ce qu’on désapprouverait machinalement, c’est un sens moral abstint de préjudice. L’intolérance est provoquée par des préjugés, des idées toutes faites, une peur du différent; du «nous» versus le «eux». Transformer cela en une attitude d’hostilité par le biais d’une loi pour dénigrer une minorité se caractérise par une atteinte aux droits et libertés de la personne.

De plus, on ne parle pas d’acceptation, car l’acceptation n’est pas donnée, mais la tolérance est accessible à tous.

Nos origines nous définissent; nos ancêtres, notre patrimoine, notre façon de vivre nous sont importants. C’est pour cela qu’on conserve nos noms, nos langues et nos croyances; ça nous identifie. Ce sont nos idées qui nous individualisent, qui rendent la société multiethnique, diverse et divertissante, sur le plan culturel, moral et festif. Cette riche diversité a, et doit avoir sa place au Québec.

J’espère que cette lettre a permis de rallumer l’esprit de tolérance qui existe depuis fort longtemps au Québec, et que tous en ressortent grandis.

Islam Touni

Saint-Constant

  • Michel Thys

    Bonjour Islam, %
    Je me réjouis que vos enfants aient la possibilité de découvrir les valeurs humanistes (notamment celles de la Déclaration Universelle des Droits Humains de 1948). Cela compense heureusement l’apprentissage exclusif et imposé (certes légitimement mais unilatéralement) « des langues et des croyances qui nous identifient ».

    Il me semble en effet que, même dans les pays démocratiques (y compris aux États-Unis, croyants ou déistes à plus de 95 %), les libertés de conscience et de religion, bien que constitutionnelles sont plus symboliques qu’effectives, du fait que les alternatives, aussi bien religieuses que non confessionnelles, sont occultées par toutes les religions. Les croyants, surtout musulmans, n’ont donc pas pu choisir en connaissance de cause et le plus librement que possible, de croire OU de ne pas croire. En outre l’apostasie leur est interdite. Il y a même des musulmans qui font apprendre par coeur le coran à leurs jeunes
    enfants avant qu’ils sachent lire et comprendre !

    En outre, d’un point de vue neurophysiologique, les influences religieuses précoces (à forte charge affective en l’absence d’esprit critique) laissent presque toujours des traces indélébiles dans le cerveau émotionnel puis rationnel indépendamment de l’intelligence et de l’intellect ultérieurs. À mes yeux, quoi qu’elles en pensent, les musulmanes voilées n’ont donc pas
    choisi librement de se soumettre aux traditions musulmanes de domination masculine et d’infériorisation des femmes.

    Les mentalités évoluent heureusement, mais même sous nos latitudes,il faudra sans doute encore un siècle au moins pour que, via l’école (pour tous!) les adolescents puissent choisir entre l’existence objective d’un dieu ou son existence subjective, imaginaire et illusoire. Dois-je préciser que si je condamne toutes les religions en fonction de la
    soumission qu’elles imposent, je respecte tous les croyants (non terroristes) ? J’espère que mon point de vue différent ne vous aura pas heurté dans vos conviction.
    Bien à vous.

  • Antoine Wilson

    Dans cette article vous faite preuve d’un grand manque d’objectivités et de connaissances concernant la loi sur la neutralité religieuse. Pour commencer la loi ne met pas l’emphase sur le port niquab ( n’est qu’une section de l’article qui est sur 3 chapitres). La neutralité religieuse demandant à ce que les membres du gouvernement ne véhiculent pas de croyances religieuses et qu’une personne ne soit pas défavoriser au niveau de service a cause de sa religion. La section sur le visage a découvert ne S’APPLIQUE que pour des situations de sécurité, d’identifications ou de communication spécifique et des processus sont en place pour ses trois méthodes personnes dira que votre femme doit se dévoiler devant tout le monde et rien lui arrivera si elle prend le bus. A ce point vous ne faite qu’encourager une hystérésis invalide sur cette loi pour je ne sais qu’elle raison.

    Ensuite, il y’a un a un problème avec votre façon de voir le Québec, vous dites que les valeurs principaux du Québec sont la solidarité, la tolérance, de respect et d’ouverture, ces valeurs m’appairassent plutôt générique et devrait s’appliquer pour toute personne vivant dans une société x. Je vais vous en nommer une valeur importante au Québec depuis la Révolution Tranquille, LA LAÏCITÉ.Vous s’opposer a la loi au complet traitant d’encadrement pour les accommodements religieux et la neutralité religieuse pour la moitié d’une section est plutôt absurde si vous dites comprendre les valeurs québécoises, traiter seulement la section et non la loi.