«Je ne suis pas fatiguée, je suis écoeurée, c’est différent»

«Je ne suis pas fatiguée, je suis écoeurée, c’est différent»

"En 2018, j’ai l’impression de courir continuellement pendant mon quart de travail ", dit une infirmière de l'hôpital du Suroît.

Crédit photo : Gracieuseté

Une infirmière rattachée à l’hôpital du Suroît révèle que l’avenir lui fait peur pour le domaine de la santé. Selon elle, la seule façon de remédier à la situation est que les dirigeants acceptent de s’asseoir avec les travailleurs afin d’écouter les gens qui sont en poste auprès de patients.

Josée (nom fictif) a commencé à travailler à l’hôpital du Suroît à la fin des années 90. Selon ses dires, elle poursuit sa carrière professionnelle dans le domaine non pas par sentiment d’appartenance, mais plutôt pour conserver ses acquis.

«Je suis là depuis 1997, confirme la dame. Ça fait 21 ans que je suis infirmière. Désormais, je suis là pour accumuler mon fonds de pension. J’ai déjà commencé à compter les jours qu’ils restent avant ma retraite. Ç’a trop changé et ce n’est pas pour le mieux. Les patients sont loin dans les priorités du ministre Barrette. Le côté humain de notre profession a été aboli. Pour la direction, autant les employés du réseau de la santé que les patients sont vus comme des machines.»

Selon Josée, le travail des infirmières a énormément changé depuis qu’elle pratique la profession. «Plusieurs actes que nous posons en 2018 étaient faits par des médecins à mes débuts. La tâche de travail a pratiquement doublé, mais, il y a maintenant moins d’effectifs pour les réaliser. Il y a aussi le fait que les décideurs prennent des décisions sans avoir à vivre avec les répercussions. Comment un administrateur peut me dire comment prendre soin d’un patient alors qu’il n’a jamais eu à le faire?»

Elle choisirait une autre avenue

Si elle avait à revenir en arrière, Josée ne croit pas qu’elle orienterait sa carrière dans le domaine de la santé.

«Moi je voulais faire une différence dans la vie des gens. À mes débuts, j’avais l’impression de le faire. En 2018, j’ai l’impression de courir continuellement pendant mon quart de travail et je ne peux jamais rien prévoir, car je ne sais jamais si on ne m’imposera pas des heures supplémentaires. Ça arrive qu’il n’y a personne pour me remplacer.»

«Plus de 60 % des infirmiers et infirmières comptant plus de 15 ans d’ancienneté ne choisiraient pas la même profession s’ils pouvaient revenir en arrière.» -Josée, infirmière à l’hôpital du Suroît

La mère de famille dit avoir raté plusieurs premières depuis qu’elle exerce sa profession.

«J’étais sur un poste de nuit. À l’époque, mon fils était en maternelle et c’était son concert de Noël à l’école. Je lui avais promis d’être là, car je terminais à 7 h. Vingt minutes avant de terminer, la responsable m’a annoncé que je devais faire un double sinon c’était un abandon de poste. Je me suis mise à pleurer et j’ai manqué le concert. À une autre occasion, j’ai travaillé le 24 décembre de jour et on m’a imposé le quart de soir. J’ai manqué le réveillon. Le lendemain, j’ai fait mon quart de travail et encore une fois, j’ai été dans l’obligation de rester pour faire un double.»

Peu de relève

Josée confirme que la relève ne se bouscule pas. «Si l’argent est la priorité des gens, je peux garantir qu’avec les heures supplémentaires, c’est facile de gagner plus de 90 000 $ par année. Il y a des filles qui gagnent plus de 100 000 $ à l’Hôpital du Suroît en collectionnant les heures supplémentaires. Mais, si tu souhaites faire une différence dans la vie des gens et que tu désires avoir un peu de vie, ce n’est peut-être pas le métier idéal.»

Malgré tout, chaque année, les différents centres de formation et établissements d’études collégiales et universitaires forment les futurs travailleurs en santé.

«Oui il y a des diplômés. Par contre, il y en a plusieurs qui vont choisir d’aller pratiquer au privé. D’autres vont abandonner dans les premiers 24 mois. Lorsque tu commences, tu n’as rien à perdre donc, c’est évident que ça fait moins mal de recommencer l’école à 22 ans plutôt qu’à 45 ans.»

«Nous aimons nos emplois, ce sont les conditions dans lesquelles nous exerçons qui sont insensées.» -Josée, infirmière depuis plus de 20 ans.

Comme les solutions pour améliorer le sort du personnel du réseau de la santé semblent difficiles à trouver, Josée laisse savoir que les dirigeants auraient avantage à écouter les travailleurs.

«Nous sommes les mieux placés pour savoir si les mesures fonctionnent, mais il n’y a jamais personne qui nous demande notre avis, assure la dame. Depuis trois ans, le ministre Barrette scande qu’il souhaite la création de plus de postes à temps plein. Par contre, les infirmiers et infirmières n’en veulent pas. Dans les conditions actuelles, l’important est de trouver des solutions pour assurer une relève. C’est cela la priorité puisqu’avec la réalité que nous vivons, il n’y a pas grand monde qui a envie de venir faire carrière en santé.»

NDLR: L’infirmière rencontrée demande la confidentialité de son identité afin de ne pas avoir à justifier ses dires auprès de son employeur.

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