Combattre la COVID-19 à l’aide de la nanotechnologie

Par Geneviève Michaud
Combattre la COVID-19 à l’aide de la nanotechnologie
(Photo : Denis Germain - Le Reflet)

Le Longueuillois Denis Archambault met à profit ses quelque 30 années d’expérience en immunologie et virologie dans la recherche pour produire un nanovaccin contre la COVID-19.

Le projet du professeur et chercheur du Département de sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et son équipe fait partie de ceux retenus par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) dans le cadre de leur concours de financement en mai 2020 pour une intervention de recherche rapide contre le coronavirus au Canada. Il recevra une subvention de près de 623 000$.

Dans le cadre de ce concours, plus de 109 M$ seront versés à 139 équipes de recherche de partout au pays. Cette somme s’ajoute aux 55,3 M$ injectés par le gouvernement fédéral dans 99 projets de recherche sur la COVID-19 en mars.

«On est en pandémie et tout ce qu’on peut faire est bien, croit le chercheur de Longueuil. Et on est aussi bons que les autres ailleurs dans le monde!»

«On est très contents et fiers de ça. On va essayer de faire notre part, aussi petite soit-elle», ajoute M. Archambault.

«Je pourrais être à la retraite, mais je suis encore passionné par la recherche!»

– Denis Archambault

Quatre chercheurs expérimentés

Quatre chercheurs composent l’équipe de recherche pour la COVID-19, soit Denis Archambault comme chercheur principal et, comme collaborateurs au projet, le professeur du département de chimie de l’UQAM Steve Bourgault, ainsi que deux chercheurs du Centre scientifique canadien de santé humaine et animale de Winnipeg, Bradley Pickering et Darwyn Kobasa. Ce dernier a été un acteur de premier plan dans la mise au point du vaccin contre le virus Ebola.

«Le professeur Bourgault, lui, s’intéresse aux molécules de nature diverse capable de former des nanoparticules, explique Denis Archambault. Nos projets de recherche communs ont mené à la création de plateformes nanovaccinales contre des agents infectieux.»

L’équipe n’a eu qu’une vingtaine de jours pour monter son projet et le soumettre au concours des IRSC.

«Une chance que j’avais de l’expérience là-dedans! lance le Longueuillois. Ça fait plus de 25 ans que je travaille avec des virus analogues au coronavirus alors, je savais pas mal où je m’en allais! On a donc pu présenter un projet solide, avec une équipe solide.»

Le projet a été classé 3e sur les 77 soumis dans le comité des maladies infectieuses et immunitaires. Au total, sept projets ont été approuvés par ce comité.

L’objectif de l’équipe est de développer un nanovaccin, soit d’infimes particules de l’ordre de grandeur du nanomètre – soit un million de fois plus petit qu’un millimètre – contenant du matériel vaccinal inerte mais viral.

«Comme le vaccin usuel, le nanovaccin ne donne pas la maladie mais crée une immunité protectrice si on rencontre le virus par la suite.»

La première étape est d’obtenir du matériel vaccinal de choix et la deuxième, de s’assurer que le vaccin est sécuritaire. «On doit le rendre le plus efficace possible pour produire la réponse immunitaire désirée.»

L’équipe doit aussi s’assurer que le nanovaccin n’entraîne pas d’effets secondaires.

Recherches sur l’influenza aviaire

Le projet de recherche présenté par Denis Archambault et son équipe s’inspire de leurs recherches sur l’influenza aviaire – notamment celui de type H5N1, qui peut, si transmis aux humains, engendrer un très haut taux de mortalité.

«On transpose ce qu’on avait pour l’influenza à la COVID-19, explique Denis Archambault. On était assez avancé de ce côté. On avait déjà commencé à expérimenter avec la nanotechnologie. Notre plateforme pour l’influenza offrait 100% de protection chez les souris. La prochaine étape devait être une série d’expériences sur des poulets débutant en juin au laboratoire de Winnipeg, mais tout a été mis sur la glace en raison de la pandémie.»

Le chercheur explique que le laboratoire de Winnipeg, un des cinq sites du Laboratoire national de microbiologie du Canada, est l’un des seuls endroits au pays où de telles expériences peuvent être menées.

«Il existe quatre niveaux de biosécurité pour les laboratoires et celui de Winnipeg est le plus élevé au pays, le seul de niveau 4.»

Travailler avec le H5N1 s’avère très difficile, le virus présentant un taux de mortalité d’environ 65%, peu importe l’âge. «Heureusement, le virus ne peut actuellement pas se transmettre d’un humain à l’autre.»

Contrairement à l’influenza, les coronavirus comme celui qui cause la COVID-19 sont très stables génétiquement.

À la recherche de donateurs

La subvention de 623 000$ reçue d’Ottawa ne couvre pas l’ensemble des dépenses de recherche prévues. La demande de subvention fixait le budget à 737 000$.

«On est 115 000$ dans le rouge, soutient Denis Archambault, qui lance un appel à toutes les entreprises et personnes qui souhaitent appuyer le projet. À cet effet, la Fondation UQAM est à pied d’œuvre pour trouver du financement additionnel.

Concernant l’échéance pour en arriver à un nanovaccin sûr et efficace, Denis Archambault se fait prudent.

«Le programme des IRSC est de 12 mois. De notre côté, comme on avait déjà quelque chose au départ, on ne part pas de zéro alors, ça aide. Au lieu de partir du point A, on part de B et on espère atteindre C ou D. Mais on parle d’un travail de longue haleine», conclut-il.

 

Un parcours impressionnant

Denis Archambault

Accepté en médecine et en médecine vétérinaire à l’université, c’est vers la santé animale que Denis Archambault s’est tourné.

«J’ai grandi sur une ferme laitière dans le coin de Saint-Hyacinthe, raconte-t-il au Courrier du Sud. Ç’a certainement influencé mon choix de carrière!»

«J’ai gradué en 1976, puis j’ai pratiqué pendant environ trois ans et demi chez les grands animaux comme les chevaux, les vaches et les cochons», poursuit-il.

De retour aux études en 1980, il obtiendra un doctorat en virologie et immunologie en 1986.

«Mon mentor, qui était codirecteur et médecin au centre hospitalier universitaire de Sainte-Justine, m’a encouragé à faire un stage postdoctoral aux National Institutes of Health de Bethesda, au Maryland, le plus important centre de recherche biomédicale au monde.»

Au cours de ce stage de deux ans et demi, Denis Archambault a participé à des recherches sur les lentivirus animaux, dont certains servant de modèles pour le virus du sida. «Les recherches sur le sida commençaient au début des années 1980», rappelle-t-il.

De retour au Canada à la fin des années 1980, il a effectué un autre stage postdoctoral, cette fois au laboratoire d’immunologie à Ottawa, avant de se joindre au Département de sciences biologiques de l’UQAM en 1991, avec en poche une bourse du Fonds de recherche du Québec en santé.

«J’ai entamé ma carrière à l’université «from scratch», comme on dit en anglais, lance-t-il. On n’avait rien à mon arrivée alors, j’ai monté le laboratoire.»
C’est dans ce laboratoire qu’il mènera les premières recherches sur les artérivirus, «qui ressemblent aux coronavirus».

Au fil des ans, des recherches et de sa participation à de nombreux symposiums et conférences, le nom de Denis Archambault a résonné aux quatre coins de la planète. Il est aujourd’hui une sommité reconnue internationalement en virologie et immunologie.

«Dans ce domaine, les contacts mènent à de belles collaborations, explique le chercheur. Dans mes recherches sur l’influenza, j’ai deux collaborateurs à Paris avec qui j’ai dû attendre huit ans pour obtenir une subvention de recherche commune. Et c’est par l’entremise de l’un de ces collaborateurs de Paris que j’ai pu en venir à travailler avec les chercheurs de Winnipeg.»

Leur mission: travailler sur des pathogènes exotiques et transmissibles, dans certains cas, des animaux aux humains.

«J’ai fait de la recherche fondamentale mais en plus, j’ai toujours essayé de développer des applications à partir de cette recherche, comme des méthodes diagnostiques ou des vaccins.»

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