Le Québec doit reprendre sa place de chef de file de la lutte contre le tabagisme

À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac (31 mai), j’aimerais rappeler que sauver plus de vies est un combat quotidien. Je sais très bien que le tabagisme cause le tiers des décès par cancer, des décès qui sont tous évitables. Cette lutte me touche profondément, car ma mère est décédée au mois de mai 2014 d’un deuxième cancer du poumon. Fumer a des conséquences… pour tout le monde: le coût social du tabagisme se compte en milliards chaque année au Québec.

L’été passé, comme président du Relais pour la vie de la Société canadienne du cancer dans le Grand Joliette, j’ai été invité à participer à une mobilisation pour lutter contre le tabac aromatisé et pour dissuader les jeunes de commencer à fumer. Comme mes confrères, présidents d’autres Relais à travers le Québec, j’ai appuyé cette démarche. Pourquoi? Parce qu’environ la moitié des cas de cancer peuvent être évités par des comportements sains et des politiques qui protègent le public. Parce que chaque semaine, 200 Québécois meurent du tabagisme. Et que 250 jeunes commencent à fumer. Une véritable épidémie!

Je vois encore trop de gens fumer partout: dans la voiture, au parc, en vélo. Les cigarettiers ont développé de nouvelles stratégies pour s’assurer de recruter de nouveaux clients, comme les saveurs de fruits et de bonbon et les emballages qui ressemblent à des rouges à lèvres, des iPods ou des gadgets informatiques. Et ça fonctionne très bien: au Québec, les enfants deviennent les clients des cigarettiers en moyenne à 13 ans.

En 2005, le Dr Couillard a fait du Québec un champion de la lutte contre le tabagisme en sortant la cigarette des lieux publics. Le projet de loi No 44 de la ministre Lucie Charlebois, qui propose de bannir les saveurs, incluant le menthol, sera marquant en ce qui concerne la protection de nos jeunes, à qui ont vend du cancer à saveur de bonbon. Surtout lorsque l’on sait que le menthol est actuellement «la» saveur par excellence d’initiation au tabagisme.

Toutefois, une mesure sur l’emballage ferait en sorte que le Québec reprenne véritablement sa place de leader. Rien de moins! L’Australie a adopté l’emballage neutre en décembre 2012 et a connu, en une seule année, une baisse du tabagisme sans précédent. Cette année, la France, l’Irlande et le Royaume-Uni ont aussi voté des lois en ce sens. Il n’y a aucune raison pour permettre à un produit souvent mortel d’être vendu dans des paquets colorés, minces, attirants.

Cela fait six ans que je suis bénévole pour la Société canadienne du cancer. Six ans où à chaque Journée mondiale sans tabac, on nous fournit des outils pour lutter contre l’hécatombe créée par le tabagisme. Il est clair que la lutte contre le cancer passe par la lutte contre le tabagisme. J’attends du gouvernement le courage politique de mieux protéger la santé de la population et de résister au lobby des marchands de tabac. Parce que 10 000 décès évitables par année, c’est tout bonnement inacceptable.

Éric Perreault,

bénévole pour la Société canadienne du cancer et président d’un Relais pour la vie