Des mesures pour assurer la sécurité des travailleuses de salons de massage érotique

Par Philippe Lanoix-Meunier
Des mesures pour assurer la sécurité des travailleuses de salons de massage érotique
(Photo : Pixabay)

L’exploitation sexuelle peut prendre diverses formes et même revêtir, en apparence, une allure plus acceptable et inoffensive, comme les «extras» offerts dans certains salons de massage érotique illégaux. C’est à ce phénomène que le Projet Pastel du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) s’attaque depuis 2017.

Le sergent Patrick Barrière soutient que la croyance populaire laisse souvent penser que ce genre d’établissement est toléré par les autorités parce qu’il s’agit d’un crime sans victime.

«Il n’en est rien, lance-t-il d’entrée de jeu. On ne sait jamais dans quelles conditions les filles y travaillent, si elles le font de façon volontaire et si elles reçoivent la part de l’argent qu’il leur est due.»

«Elles ne font pas toutes ça par choix, poursuit-il. Ce n’est pas banal. Souvent, ce type d’activité peut en mener à une autre. On ne banalise pas ce type de crime. C’est pris très au sérieux par notre service de police.»

Projet Pastel

En 2017, le SPAL a donc mis sur pied le Projet Pastel pour s’attaquer directement aux salons de massage érotique illégaux.

Le projet a comme principaux objectifs de s’assurer qu’aucun mineur n’est présent sur les lieux; qu’aucune personne n’est en situation d’illégalité par rapport à l’immigration; que les travailleuses offrent leurs services de façon volontaire; et qu’elles ont un environnement sécuritaire et sans violence.

En un peu plus de deux ans, la longue enquête a permis de recenser treize salons de massage érotique sur le territoire de l’agglomération, soit douze dans les différents arrondissements de Longueuil et un à Brossard.

Selon la Ville de Longueuil, un seul de ces établissements possède un permis de massage érotique en bonne et due forme.

Au mois d’avril uniquement, le SPAL et ses partenaires ont procédé à 20 visites. Au total, 59 femmes ont été rencontrées par les enquêteurs et l’équipe d’intervention MOBILIS du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Est, qui a pour principale mission d’offrir un soutien psychologique aux personnes victimes d’exploitation sexuelle.

«C’est sûr que le premier contact est toujours difficile à faire avec les filles, mentionne Patrick Barrière. Elles ont été habituées à être considérées comme des criminelles. Mais les choses changent tranquillement et c’est normal. On leur tend simplement la main. On veut leur faire comprendre que si elles ont besoin d’aide, on est là pour elles.»

Plusieurs partenaires

Plusieurs escouades spécialisées du SPAL, mais aussi le département d’urbanisme de la Ville de Longueuil et de la Ville de Brossard, de même que le Service de sécurité incendie de l’agglomération de Longueuil (SSIAL), ont pris part au Projet Pastel.

Les inspections ont relevé que certains ne respectaient pas la réglementation municipale, notamment en matière de sécurité et d’incendie.

Grâce à ces visites policières, plusieurs anomalies ont pu être soulevées; les sorties de secours étaient verrouillées par des cadenas dans quelques-uns des établissements, tandis que dans d’autres, la salubrité laissait grandement à désirer.

Si aucun commerce n’a été contraint de fermer ses portes, le sergent Barrière soutient qu’il s’agit seulement de la première étape.

«Il va y avoir d’autres phases de vérifications, assure-t-il. On va cibler de façon plus importante les clients. C’est juste un début.»

Lutte à l’exploitation sexuelle

La lutte à l’exploitation sexuelle connaît dernièrement une visibilité sans précédent dans l’agglomération de Longueuil et partout en province. Plusieurs corps policiers québécois ont récemment mis sur pied des escouades spécialisées, dont certaines ont déjà porté fruit.

À Longueuil, différentes opérations ont permis l’arrestation de plusieurs individus liés à des réseaux de traite de personnes et d’exploitation sexuelle au cours des dernières semaines.

«Il y a plus grande sensibilité de la population en ce moment au phénomène de l’exploitation sexuelle, notamment avec le succès de la série Fugueuse, explique le sergent Barrière. Ç’a permis de mettre en lumière la réalité de ces jeunes femmes et la complexité de la situation à laquelle les parents et les policiers doivent faire face.»

Les témoins d’exploitation sexuelle peuvent dénoncer de façon confidentielle en composant le 450 646-8500 (Info-Azimut) ou encore le 911.

Équipe intégrée d’intervention

Le SPAL a récemment mis sur pied une équipe intégrée d’intervention et de soutien aux victimes d’exploitation sexuelle qui a pour but d’aider les victimes à sortir du milieu de la prostitution et de pourvoir à leurs besoins.

L’équipe est composée d’une coordonnatrice responsable du volet psychosocial, dont le rôle est de faire un suivi sur le plan psychosocial des victimes d’âge adulte ainsi que d’établir un premier contact auprès des jeunes filles. L’équipe intégrée du SPAL est aidée par quatre partenaires.

Le CISSS Montérégie-Est a comme rôle de faire connaître le projet auprès des filles, victimes ou à risque d’exploitation sexuelle, afin qu’elles soient au courant des ressources auxquelles elles ont accès à leur sortie du Centre jeunesse.

Le CISSS Montérégie-Ouest fournit aux victimes inscrites au projet les services professionnels de suivi et de soutien concernant le traitement des chocs post-traumatiques, la santé mentale ainsi que les problèmes liés aux dépendances.

De son côté, l’organisme 2159 offre un accompagnement et un hébergement aux victimes.

Finalement, la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) organise des formations afin d’aider à développer un réseau de paires aidantes sur le territoire.

Opération RADAR

Le 28 mai, le SPAL, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ainsi que le Service de police de Laval (SPL) ont lancé conjointement l’opération RADAR.

Le programme, qui s’inspire de ce qui se fait déjà aux États-Unis, vise à former et sensibiliser les employés d’établissements hôteliers, susceptibles d’être les premiers en contact avec les clients potentiels et les victimes d’exploitation sexuelle.

Rappelons que les festivités entourant la tenue du Grand Prix de Montréal, qui a lieu du 7 au 9 juin, marquent souvent une recrudescence de ce type d’activités. Une plus grande visibilité policière est d’ailleurs prévue.

Concert-bénéfice

Le SPAL tiendra un concert-bénéfice le 7 juin, à l’église de Saint-Hubert, en collaboration avec l’Orchestre symphonique de Longueuil (OSDL), l’auteur-compositeur-interprète Patrice Michaud et la comédienne Ludivine Reding (Fugueuse), afin de sensibiliser la population à l’exploitation sexuelle.

Pour la première fois au Québec, des policiers prendront directement part au spectacle, qui promet d’être haut en couleurs.

Les billets sont en vente sur le site de la Ville de Longueuil: longueuil.quebec/fr/concert-benefice-SPAL#billets.

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