Le lieu de la bataille de La Prairie remis en question

Le lieu de la bataille de La Prairie remis en question

Albert LeBeau a présenté sa carte restituant la bataille de La Prairie à plusieurs historiens, le 25 juillet.

Crédit photo : Le Reflet - Denis Germain

La bataille de La Prairie a-t-elle eu lieu là où l’on pense? L’historien Albert LeBeau croit que non. Il revendique que ses recherches sur cet événement de 1691 soient considérées.

Une étude de Parcs Canada datant de 1972 et certains historiens placent la bataille de La Prairie à la jonction de la route 104 et du chemin de la Bataille Nord. Cependant, M. LeBeau avance qu’elle aurait eu lieu à l’emplacement du 7e trou du Club de golf Pinegrove, aux limites de la Seigneurie de La Prairie, sur la rive est de la rivière l’Acadie, près du chemin de la Bataille.

«C’est le premier champ de bataille au Canada. Nous n’en avons pas des centaines. Il faut y porter attention et le valoriser.»

-Albert LeBeau, historien

Selon lui, 200 corps seraient enfouis à cet endroit dans des fosses communes.

Le membre de la Société d’histoire de La Prairie-de-la-Magdeleine n’a trouvé que de minces informations sur la bataille en commençant ses recherches.

«Ça me fâchait de voir ce que certains historiens avaient écrit. Ce n’est que de l’interprétation. Le lieu fixé par Parcs Canada ne correspond pas à ce qui est rapporté par les combattants», déplore M. LeBeau.

Il se base notamment sur des mémoires militaires des armées. Il a aussi défini cet emplacement grâce à une photo aérienne de 1937 et en superposant une carte moderne sur une carte historique de 1763 du général James Murray pour comparer les routes à l’époque de la Nouvelle-France et celles d’aujourd’hui.

Un trajet différent

Après environ deux décennies à se documenter, l’historien a créé une carte illustrant la route d’invasion en 1691. Son hypothèse repose majoritairement sur les lieux et distances décrit par les commandants.

«Les Français disent qu’ils se trouvaient en hauteur, sur un coteau. Schuylyer [le commandant des forces britanniques] parle d’une demi-lune», détaille-t-il.

Pour lui, l’endroit où les historiens placent la bataille de La Prairie, qui était une plaine, n’est pas le bon.

Il explique aussi que l’hypothèse d’un chemin construit par les hommes du régiment de Carignan entre Chambly et La Prairie est peu probable. Il croit que les soldats ont plutôt passé par une piste qui existait déjà.

«Le chemin de Chambly, ce n’est pas celui qu’on pense», affirme-t-il.

M. LeBeau relate que les hommes ont parcouru 6 miles en une journée. Cela aurait été impossible s’ils avaient construit le chemin, croit-il. Les distances ont donc été recalculées avec un système informatique.

«Les historiens de Parcs Canada pensaient que le chemin emprunté se rendait à Saint-Jean, alors qu’il n’existait pas. Les soldats auraient plutôt emprunté un chemin qui mène au fort de Ste-Thérère, découvert par Réal Fortin récemment», dit-il.

L’historien situe le champ de bataille à l’emplacement du 7e trou du Club de golf Pinegrove. Photo gracieuseté.

Revendications

L’historien veut que ses recherches soient prises en considération. Il se dit déçu que personne de Parcs Canada n’ait été présent au dévoilement de sa carte, le 25 juillet.

«Les archéologues et les historiens de Parcs Canada seront obligés de refaire leurs devoirs et de prendre en note le fruit de ma recherche, soutient-il. La prochaine étape, avec la collaboration de la Société d’histoire de La Prairie-de-la-Magdeleine et d’autres organismes, sera de rouvrir l’étude de 1972.»

M. LeBeau dit avoir obtenu l’autorisation du Club de golf Pinegrove pour effectuer des recherches «non dommageables». Il souhaite donc s’y rendre à la fin du mois d’octobre avec de l’équipement de sondage sismique et des géoradars pour découvrir ce qui est enterré sous ce qu’il croit être le champ de bataille.

«On veut influencer des gens comme Parcs Canada, des anciens combattants et la Comission des champs de bataille nationaux pour faire avancer les choses», précise-t-il.

Stéphane Tremblay, président de la SHLM, est d’avis que «ça vient brasser le sujet et c’est intéressant».

Il ajoute que ce n’est pas à lui de juger cette hypothèse. Historiquement, sa position est différente, mais selon lui, c’est une bonne piste à explorer.

Une théorie qui soulève l’intérêt

Le président de la SHLM Stéphane Tremblay a lui-même organisé la conférence de presse pour dévoiler la carte de Albert LeBeau. Gilles Proux, animateur et historien vulgarisateur, Jean Chevrier, éditeur, Jacques Ruellan, professeur d’histoire retraité, Gaëtan Bourdages, auteur du livre 1691, et Réal Fortin, historien militaire de Saint-Jean-sur-Richelieu, étaient notamment présents. La chaîne PBS y était aussi pour le tournage d’un reportage sur le sujet.

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